lundi 21 juin 2010

Billet N°68 – Jours heureux à Toau (Tuamotus) entre ciel et mer, soleil et corail, frégates et thazards…

Par Olivier


Tuamotus, l’ « archipel dangereux » de Bougainville, pour nous aujourd’hui l’archipel heureux.

« Tua » veut dire « très loin » et « motus » signifie « ilôts », en polynésien…

Nous avons aimé les jours passés à l’intérieur de l’atoll inhabité de Tahanea, dans des mouillages déserts et somptueux.

Le Dimanche 6 Juin, nous franchissons en sortie la passe Teavatapu, et mettons le cap sur la passe sud de l’atoll de Fakarava. Fakarava est le plus grand atoll des Tuamotus après celui de Rangiroa. Il est relativement habité (il n’y a pas foule tout de même, loin de là, quelques dizaines de personnes), et plus connu, et plus fréquenté que des atolls comme Amanu, Tahanea, ou Toau. Son petit aéroport dessert les atolls environnants.

Nous avalons les quelques 45 milles du trajet à bonne allure, en laissant l’atoll de Faaite à babord, poussés par un alizé de secteur est de 15 à 18 nœuds. Nous perdons successivement 2 leurres aux lignes de traîne, avalés par des monstres aux dents acérées, qui abondent dans ces eaux entourant les tombants de récifs.

Il nous manque des bas de lignes en fil d’acier, qui résistent mieux que le nylon aux lames de rasoir que sont les dents des poissons prédateurs – barracudas et thazards plus particulièrement, mais aussi requins - qui rôdent dans le coin. Il faudra s’équiper en conséquence à Tahiti…

Nous affalons à un demi-mille de la passe Tumakohua, qui permet d’entrer dans l’immense lagon de Fakarava par le sud-est. Je trouve l’alignement d’entrée aux jumelles, le courant est sortant, mais la passe est encore praticable. Elle est réputée pour être l’un des meilleurs spots de plongée au monde (avec la passe nord de Fakarava, Garuae, et celle de Tiputa à Rangiroa), sur le plan de l’observation des animaux marins. Pour l’heure, nous nous engageons dans le jusant de la passe en nous efforçant de rester sur l’alignement, et poussons le régime des moteurs à 2000 t/mn.

Les fonds remontent rapidement, nous passons à proximité de l’ancien village de Tetamanu, jadis principale agglomération de Fakarava, et même un temps capitale administrative des Tuamotus. Il ne reste plus aujourd’hui qu’une petite église, un village déserté, d’anciennes tombes, quelques rares farés habités, deux pensions pour les plongeurs sous-marins, et un petit club de plongée.

A Fakarava, (comme à l’atoll voisin de Toau d’ailleurs) notre Service des Phares et Balises a fait fort. Il a doté l’intérieur des atolls d’un balisage digne de la chaussée de Sein… Incroyable, comme si ces atolls voyaient passer un trafic commercial intense, alors que la « goélette » se contente de venir à quai au seul village de Fakarava, Rotoava, proche de la passe nord !

Là où j’ai encore été obligé de constater qu’on jetait l’argent de nos impôts par les fenêtres des farés polynésiens, c’est que, de surcroît, ce balisage est ….lumineux !!!

Alors que chacun sait que personne, absolument personne, ne navigue la nuit à l’intérieur des atolls, ce serait folie. Beaucoup trop dangereux, à cause des récifs à fleurs d’eau qui parsèment le lagon. Chaque balise, latérale ou cardinale, est ainsi équipée d’un panneau solaire, d’une batterie, d’un feu, etc…d’où un entretien conséquent, ce qui doit probablement permettre de justifier le maintien à Papeete de fonctionnaires dûment sur-rémunérés par notre lointaine république…

Les mérous du lagon n’ont pas du en croire leurs yeux le jour où on a mis tout ça en marche, mais je me dois de reconnaître que tous ces feux blancs, rouges ou verts, qui clignotent toute la nuit à la surface du lagon sont du plus bel effet, esthétiquement parlant.

Allez, je préfère changer de sujet…

Nous suivons le parcours sinueux qui permet de retrouver les eaux calmes du lagon, et allons mouiller pour la nuit à proximité du village de Tetamanu, dont la visite ne nous laissera pas de souvenirs impérissables. Le mouillage, trop proche de la passe, n’est pas très bon non plus, la chaîne se prend dans le corail, et la position d’équilibre instable du bateau au mouillage, entre effets contraires du vent et du courant, nous oblige à nous éloigner pour la nuit.

Un chenal balisé a été tracé à l’intérieur du lagon de Fakarava, entre la passe nord de Garuae, le mouillage du village de Rotoava, et la passe sud de Tumakohua.

Nous l’empruntons partiellement le lendemain pour rejoindre au moteur le mouillage de Tiketite. L’atoll de Fakarava est suffisamment grand pour que nous n’apercevions pas, même aux jumelles, les autres rives du lagon. Je monte dans les barres de flèche pour guider Marin, aux commandes, entre les « patates » de corail. Le mouillage de Tiketite est d’honnête facture (pas terrible, ce terme, il me rappelle le boulot… !), nous irons nous y promener sur le platier, dénicherons une petite crique où Barbara pourra faire ses longueurs de nage, pendant qu’Adélie ira explorer les environs avec son sac à dos version naturaliste.

En fin d’après midi, un catamaran américain nous rejoindra au mouillage, et, la nuit tombée, mettra en marche ce qui doit être une installation home-cinéma de grande qualité, car ce sera un festival de sons et lumières pendant 2 bonnes heures ! Chacun son truc !

Moi je préfère regarder le ciel incroyablement pur des Tuamotus, où, le soir venu, la Lune, la planète Vénus et les constellations de l’hémisphère sud donnent ensemble à la nuit une agréable clarté.

Le lendemain, nous retrouvons le chenal sur près de 20 milles pour parvenir au nord de l’atoll, jusqu’au village de Rotoava. Un mouillage abrité des vents d’est, une douzaine de voiliers à l’ancre, deux épiceries suffisantes pour faire un approvisionnement de dépannage en attendant Tahiti, une boulangerie, une église, un quai en dur pour la goélette, quelques pensions, et le club de plongée Te Ava Nui, le tout maintenu sous perfusion par la liaison aérienne journalière avec Papeete.

En chemin, nous avons aperçu quelques fermes perlières, installées à proximité de petits motus (îlots), au milieu du lagon. Barbara, à l’âge de l’adolescence, était venue passer quelques jours dans l’une de ces fermes sur pilotis, avec ses parents, alors basés à Tahiti (mon beau-père commandait alors l’aviso-escorteur « Commandant Henry » de la Marine Nationale). Mais elle ne se souvient pas de l’endroit où se trouvait cette ferme.

Nous faisons quelques courses indispensables à Rotoava, car nos approvisionnements datent essentiellement de notre passage au Panama, et, depuis quelques jours, nous exploitons au mieux les fonds de tiroirs de la cambuse.

Nous trouvons à l’OPT (Office des Postes et Télécommunications) une connexion wi-fi de mauvaise qualité, et nos deux ordinateurs conjugués ne seront pas de trop pour faire parvenir à Vincent les 6 nouveaux billets du blog et les 48 photos qui les accompagnent.

Nous avons assez vite épuisé les charmes de Rotoava, et personnellement, je ne suis guère surpris que les atolls les plus fréquentés soient ceux qui me séduisent le moins…

Le prochain atoll vers le nord-ouest après Fakarava, c’est Toau. J’ai les cartes électroniques de détail, et des traces GPS intéressantes qui mènent en zigzagant au milieu du corail à ce que je suppose être des mouillages … de rêve, isolés à souhait.

Nous quittons le mouillage de Rotoava et gagnons la passe de Garuae, en sortie, à 5 ou 6 milles de là. Nous laissons la piste de l’aéroport à tribord, bon nombre de voiliers faisant escale à Fakarava vont y chercher ou y conduire un équipier. Un semi-rigide rempli de plongeurs sous-marins nous double en se dirigeant vers la passe.

Le vent est faible et nous effectuons la quinzaine de milles qui nous sépare de la passe d’Otugi au moteur.

Le courant sortant crée dans cette passe, relativement étroite, une zone de vagues déferlantes assez hautes, 1 mètre à 1,50 mètre. La encore, il nous faut solliciter la puissance de nos deux moteurs pour parvenir à franchir ce maelström , qui s’étend sur environ 3 à 400 mètres de longueur. Je demande aux enfants de s’accrocher, ce n’est pas le moment de faire des acrobaties sur les flotteurs. Barbara me donne les informations depuis la table à cartes, nous gagnons progressivement du terrain vers le lagon, puis nous passons. Dès que les fonds nous le permettent, nous quittons la veine de courant principale en virant sur la droite. La vitesse sur le fond (SOG, speed over ground) augmente doucement sur l’écran du GPS : 1,5 nœud, 2, 3, 4 puis 5 nœuds. C’est gagné !

A nous le lagon de Toau !

Je fais un tour d’horizon aux jumelles : personne, pas un voilier dans l’atoll, malgré sa proximité avec celui de Fakarava ! Cela m’étonnera toujours…

J’aurai toujours du mal à comprendre la raison pour laquelle mêmes les voiliers voyageurs, dont on pourrait supposer les équipages amateurs de grands espaces, s’agglutinent souvent à plusieurs dans des mouillages qui ne sont pas forcément d’un très grand intérêt…

Eloquente démonstration d’un surprenant instinct grégaire, qui somme toute, m’arrangerait plutôt…

Je suis loin d’être misanthrope, mais je n’aime guère voyager au bout du monde pour me retrouver dans des concentrations migratoires de voiliers.

Autant que possible, j’apprécie que la nature soit forte, puissante, et que la main, pas toujours heureuse - tant s’en faut - de l’homme, l’ait peu altérée . J’aime revenir à ce presque rapport de forces qui remet l’homme à sa place, plus modeste que d’habitude. C’est pour cela que j’affectionne de vagabonder dans des endroits reculés, parfois difficiles, qui sollicitent ce que l’on pourrait appeler l’intelligence environnementale de l’être humain, sa capacité à s’inscrire sans heurt dans le paysage...

J’ai repéré un endroit qui semble sympathique dans le lagon, dénommé Anaite sur la carte. L’approche est bien entendue truffée de « patates » de corail. J’enregistre mentalement les infos données par la carte électronique, puis rejoint le poste de vigie dans le mât de Jangada. Le premier étage de barres de flèches n’a beau être qu’à une dizaine de mètres au-dessus de l’eau (on y monte grâce aux marches en aluminium fixées sur le mât), cette hauteur est suffisante pour disposer d’un point de vue global beaucoup plus détaillé que depuis le niveau du pont.

Marin prend les commandes du bateau, Barbara veille l’écran de l’ordinateur, et Adélie assure les liaisons. Chacun a son poste, l’équipage commence à être rôdé, et, je vais vous le dire, cela me fait plaisir.

Nous avons beaucoup gagné en efficacité depuis notre appareillage de La Rochelle, mais il a fallu un peu de temps pour que chacun comprenne que cette organisation, héritée de mon expérience de la navigation, était la meilleure pour tout le monde, c'est-à-dire qu’elle permettait d’obtenir le résultat le plus efficace et le plus sûr dans le temps le plus court.

Par exemple, Marin avait du mal à comprendre pourquoi il était justifié qu’il répète les ordres de barre ou de propulsion, comme sur un navire de commerce en manœuvre portuaire, histoire que je sois sûr qu’il les ait bien compris. Barbara rechignait à me donner régulièrement, à l’approche d’un mouillage, sans que j’aie à le lui demander, la profondeur indiquée par le sondeur. Adélie, en charge d’assurer les liaisons vocales pendant les manœuvres, s’octroyait le droit se quitter son poste sans prévenir pour aller faire un truc dans le carré qui n’avait rien à voir avec sa mission…

Aujourd’hui, et plus particulièrement après notre passage dans les Tuamotus, vous assisteriez à une manœuvre de l’équipage familial de Jangada, vous diriez :

« Ouah, dis-donc, c’est pro ! ».

En effet, en effet, et le captain apprécie…

La mer apprend la rigueur, l’efficacité, et la simplicité. Je le sais depuis longtemps.



Après quelques sinusoïdes coralliennes, nous mouillons dans l’eau translucide du lagon, par 5 mètres d’eau. Notre premier job, avec Marin, sitôt les moteurs stoppés, c’est de mettre l’annexe à l’eau avec les bossoirs, de prendre un masque et le sondeur électronique à main, et d’aller vérifier qu’aucune « patate » de corail inscrite dans le périmètre engendré par le rayon d’évitage n’est dangereuse pour les fins ailerons fixes de notre catamaran, qui descendent à 1,60 mètre sous la surface.

C’est seulement après que la vie au mouillage, paisible et ludique, peut commencer.

L’un de mes plaisirs préférés consiste alors à aller repérer le coin. J’adore.

A Anaite, j’ai remarqué depuis mon poste de vigie dans la mâture un ancien faré dans la cocoteraie, à quelques 200 mètres du mouillage. Et à ma grande surprise, j’observe que des volutes de fumée émergent de la cime des cocotiers.

Il y a quelqu’un qui vit là, dans la cocoteraie, au bord du lagon.

Nous y découvrirons un paumotu solitaire, d’une soixantaine d’années, largement tatoué, qui se fait appeler John. Il ne parle pas très bien le français, mais je crois comprendre qu’il est originaire de Fakarava, et qu’il vit et travaille là, à entretenir le faré et la cocoteraie pour le compte du propriétaire, qui habite Fakarava. Je lui demande comment il fait pour vivre, loin de tout, car j’ai constaté qu’il n’avait pas de bateau, pas même une pirogue à balancier pour aller pêcher dans le lagon. Il me répond qu’il a un petit stock de nourriture, qu’il mange des cocos et des urus (fruits de l’arbre à pain, qui pousse sur les atolls), et qu’il va pêcher des mérous du côté du large, sur le platier. Son boss lui rend visite une fois par semaine.

Le soir venu, John démarre son petit groupe électrogène pendant une heure ou deux, et, depuis Jangada, nous apercevons une ou deux ampoules électriques qui brillent entre les troncs de cocotiers, dans le début de la nuit…

J’essaie de trouver un endroit propice aux longueurs de nage de Barbara, car ma vahinée a pris l’habitude aux Tuamotus de faire 2 fois 45 minutes par jour de natation. Elle a besoin pour cela d’une centaine de mètres si possible dépourvue de « patates » de corail, avec environ 1,50 à 2 mètres d’eau, et de préférence pas trop loin du rivage.

Au-delà, les requins de récifs rôdent…

Et même dans les limites de cette piscine naturelle, il faut être vigilant, car les mauris affectionnent les eaux très peu profondes. Avec Marin, nous assurons la sécurité de Barbara pendant ses exercices bi-quotidiens. Nous positionnons l’annexe au mouillage sur son grappin juste à l’extérieur de l’axe de nage de la belle, et nous patrouillons en plongée (snorkelling) avec nos fusils sous-marins, l’œil aux aguets.

C’est la première fois que Barbara a besoin de body-guards…

A plusieurs reprises, nous avons été obligés de renoncer, et de remonter dans l’annexe en abandonnant la partie, après avoir constaté la présence insistante d’un requin…



Ces mouillages dans les atolls sont emprunts d’une grande paix, les nuits sont calmes, nous dormons bien, je monte souvent au moins une fois par nuit sur le pont, jette un œil circulaire, assouvit par-dessus bord un besoin d’autant plus naturel que cela se passe sous la voûte étoilée (ce qui transcende cet acte hydraulique simple au départ, non ?), et regagne ma couchette pour me rendormir auprès de ma vahinée, qui n’a que rarement connaissance de mes activités nocturnes !

Le lendemain de notre arrivée à Anaite, nous laissons les enfants jouer à proximité du faré de John, et partons, Barbara et moi, faire une grande ballade sur le platier de l’atoll, côté océan. Nous marchons d’abord sur la bande de corail mort (il faut des chaussures enveloppantes, car le corail est souvent très coupant), puis rejoignons le platier submersible, qui a une largeur de l’ordre d’une centaine de mètres. C’est le royaume des petits poissons de roches, des perroquets vert émeraude, des coquillages nacrés, et des murènes grises, qui se cachent dans les roches sous 15 cm d’eau. Je m’amuse à observer leurs réactions, les déloge de leurs planques du bout du pied, et elles commencent alors une course effrénée vers l’océan, telles des anguilles surprises à découvert dans une prairie au bord d’une rivière. Elles pullulent sur le platier.

Nous parcourons ainsi plusieurs kilomètres, attentifs à chaque objet que la mer a rendu à la terre après une dérive plus ou moins longue : bois flotté, cordages divers, aussières de cargos, flotteurs de fermes perlières, bouteilles et tongues en plastique, et même un crâne et quelques vertèbres de ce qui semble avoir été une baleine à bosse (à vérifier !).

Nous retrouvons ensuite le corail mort, puis traversons la cocoteraie (200 à 300 mètres de largeur), et prenons le chemin du retour, plus paisible, en longeant le rivage côté lagon. Des raies nagent au ras des roches, des araignées tissent leur toile entre les arbustes, des crabes s’enfuient à notre approche, quelques rares oiseaux s’envolent de la cocoteraie, des frégates planent haut dans l’azur.

Je repère des empreintes de sabots dans le sable corallien : ceux sont celles de cochons sauvages, échappés des enclos d’anciens farés, et retournés à la vie sauvage.

L’idée me vient que si j’avais pu en rencontrer un… la cambuse s’en serait trouvée mieux ! Encore qu’attraper l’animal et lui faire sa fête, malgré un certain retour de mes instincts aux valeurs primaires depuis quelques mois, n’aurait pas été partie gagnée d’avance…

De retour à bord, je pique une tête entre les deux coques de Jangada, quel bonheur !

Puis je me rince à l’eau douce dans la jupe arrière babord, et regarde le soleil rejoindre de plus en plus vite la ligne d’horizon…

Le mouillage de Maragai, que nous avons rejoint 48 heures plus tard, est celui d’un ancien village de ramasseurs de coprah, aujourd’hui déserté. Il subsiste quelques cabanes de bois, un peu de mobilier, des flotteurs, une citerne d’eau douce. Les enfants y trouveront leur bonheur pendant deux autres jours, à condition de faire reculer dans la cocoteraie abandonnée elle aussi les dizaines de bernards l’ermites qui ont pris possession des lieux, quelques araignées, et quelques guêpes…

Des requins de 30 cm de long nagent dans 20 cm d’eau.

Le temps s’est arrêté, pour nous, dans ces atolls magnifiques…



Nous franchissons la passe Otugi en sortie, et longeons pendant une quinzaine de milles le tombant du récif, entre 100 et 300 mètres de distance. Le sondeur capte rarement les fonds, tellement le profil de l’atoll est accore. Nous perdons encore deux leurres aux lignes de traîne, mais finalement nous réussissons à ramener à bord un splendide thazard d’1,50 mètre de longueur. C’est un des plus redoutables prédateurs de l’extérieur du récif, un poisson profilé pour la vitesse, doté par la nature d’une dentition proche de celle du barracuda.

Une fois harponné depuis la jupe, nous parvenons à le sortir de l’eau, et je lui bloque rapidement la mâchoire ! C’est mieux pour nos phalanges !

Nous nous apercevons aussitôt que son dos et ses flancs portent 3 petites blessures à vif, parfaitement découpées, d’environ 3 cm de diamètre. A chaque blessure, un peu de chair a été très proprement enlevée, en creux, comme avec une petite cuillère qui serait affûtée comme une lame de rasoir incurvée. Nous restons perplexes, et hésitons à le vider, en nous demandant si ce ne sont pas là les symptômes d’une maladie de l’animal.

Dans le doute, je le vide quand même, et me dis que tout à l’heure, en arrivant à l’anse Amyot, nous demanderons à Gaston s’il peut nous éclairer sur ce mystère.

Ce qui déterminera la destinée finale de notre thazard, sans pour autant lui rendre la vie, qu’il a perdue.

L’anse Amyot est une échancrure naturelle dans l’anneau corallien de Tohau, située au nord-ouest de l’atoll. Elle a tout d’une passe, sauf qu’elle n’en est pas une : un platier de corail recouvert d’1 mètre d’eau à peine ferme complètement l’accès au lagon. L’anse ainsi formée constitue par contre un excellent mouillage, très abrité.

Mais très connu. Lorsque nous y arrivons, une douzaine de voiliers sont mouillés sur les coffres installés par Gaston !

Cela provoque toujours chez nous un réflexe immédiat de réserve… Nous n’apprécions guère l’instinct grégaire, comme vous le savez déjà…

Deux familles paumotus sont installées là depuis toujours, organisées autour de deux sœurs. Valentine, épouse de Gaston (la quarantaine tous deux), s’occupe du petit boui-boui polynésien, et sa sœur gère la pension de 5 minuscules farés installés sur la grève, à quelques mètres de l’eau. Le club de plongée de Rotoava (Fakarava) dispose ici d’un local utilisé par les plongeurs.

Ces deux familles paumotus , dont la vie a radicalement changer depuis moins d’une dizaine d’années, sont – et restent - d’une extrême gentillesse, et l’anse Amyot ne désemplit pas.

Certains navigateurs en font même un peu trop à notre goût, et Gaston et Valentine ont une patience infinie de les supporter… Par philosophie de la navigation (la nôtre), nous décidons de ne pas nous éterniser dans cet endroit.

Gaston nous rassure immédiatement au sujet des blessures de notre thazard : l’animal a été attaqué par un banc de petits requins à pointes noires, le long du tombant, non pas une fois qu’il a été pris à la ligne de traîne, mais un ou deux jours plus tôt. Et c’est la morsure des petits squales qui a occasionné le prélèvement de chair, à la forme si caractéristique. Les petits requins attaquent donc en meute, comme les loups.

On savait déjà qu’il se passait des choses sous l’eau dans le quartier, mais on n’imaginait pas que même les grands prédateurs n’étaient pas à l’abri d’un traquenard!

Nous nous mettons au travail pour découper le thazard et faisons 6 grands bocaux de conserve, stérilisés à la cocotte-minute, pour les jours plus difficiles.

Nous gardons 1 ou 2 kgs de filets qui seront préparés en poisson cru au citron et à l’huile d’olive, tellement délicieux…

Nous sommes conviés à partager le dîner des 12 ans de mariage de Gaston et Valentine. Un cochon a été tué le matin avant notre arrivée. Chacun amène quelque chose, et la soirée s’avance tard dans la nuit, parsemée de rires, d’histoires d’atolls et de mer, et de chansons polynésiennes accompagnées à l’ukulélé.

Le lendemain, j’irai m’immerger au large de la passe, à marée montante, avec palmes, masque et tuba, et me laisserai rentrer dans l’anse par le flot (le courant parvient à passer par-dessus le platier de corail qui obstrue la passe et contribue ainsi au remplissage du lagon, et à sa vidange), tout en gardant le cordage de l’annexe à la main, en la remorquant derrière moi, prêt à sauter dedans en cas d’alerte. Le paysage sous-marin qui défilera sous mes yeux est fantastique de vie, de couleurs et de lumière.

Marin préfèrera longer le parc à poissons de Gaston, et verra de près de grosses murènes impressionnantes.

J’emmènerai cette fois Barbara faire ses longueurs à l’intérieur du lagon, dans une petite retenue d’eau sécurisée.

Nous assisterons le Dimanche matin à un incroyable prêche de Valentine, dans une petite chapelle érigée là par Gaston et son épouse, après leur conversion au christianisme peu avant leur mariage.

Nous assisterons ainsi à une description inattendue, et ô combien précise, de l’arche de Noé, du paradis et de l’enfer, version paumotu, qui ne serait probablement pas conforme aux canons liturgiques de la papauté de Benoît XVI, mais qui restera gravée dans nos mémoires pour longtemps…



Allez, le moment est venu de quitter notre « archipel heureux »…

Cap sur … Tahiti !

Olivier
Franchissement de la passe d'Otugi, en entrant dans l'atoll de Toau, sous un grain.

Au mouillage de Tetamanu, atoll de Toau, devant le faré de John le paumotu solitaire.

Coté exterieur,les 4 zones distinctes de l'anneau corallien. L'océan, le platier, la bande de corail mort, la cocoteraie.

Rivage intérieur du lagon de Toau.

Paysage du lagon de Toau.

Promenade sur le platier de Toau, et découverte d'un crâne de cetace.

Barbara s'entraîne à danser le tamouré, en prévision du Heiva de Juillet...

Marin et Adélie dans leur faré de Maragai, à Toau.
 
Lancement du radeau d'Adélie, dans le lagon de Toau.

 
Un requin de récif à pointes noires, ou mauri, dans peu d'eau.

Couchers de soleil grandioses sur l'eau calme du lagon de Toau.
Mouillage paisible à Maragai, atoll de Toau.


Pêche d'un joli thazard, entre la passe d'Otugi et l'anse Amyot,le long du tombant, atoll de Toau.

Ce redoutable prédateur est néanmoins attaqué par des bancs de petits requins mauris. Observez les blessures sur son flanc...

Valentine, convertie il y a douze ans, à son prêche du Dimanche, à l'anse Amyot.

Gaston et Valentine, nos hôtes paumotus de l'anse Amyot, atoll de Tohau.

Si loin du monde, ou bien au coeur de celui-çi...

jeudi 10 juin 2010

Billet N° 67 – A Tahanea, petit test avant de se baigner dans le lagon…

Par Olivier

Ce n’est pas une histoire pour Mamina.

Mamina est la grand-mère maternelle d’Adélie, et elle a déjà peur pour sa petite-fille lorsqu’ on la conduit à l’école en vélo, dans les parcs verdoyants de La Rochelle…

Alors là, vous pensez bien…



Tahanea, notre atoll préféré aux Tuamotus…

Pour le cas où vous viendriez un jour, seuls au monde, pointer votre étrave dans ce lagon enchanteur, je vous donne une information précieuse, les coordonnées géographiques approchées du plus joli mouillage que nous ayons trouvé là-bas. Il vous faudra biensûr entrer dans le lagon par la passe Teavatapu, faire ensuite route (en ayant l’œil) vers l’est en longeant pendant une douzaine de milles l’anneau corallien parsemé de motus, puis vous frayer une chemin, sinueux, entre les « patates » de corail, qui, en dessous de 20 mètres d’eau, fleurissent en relative abondance à l’approche du lieu idyllique dont je ferais probablement mieux de ne pas donner les coordonnées sur Internet, mais bon.

Notez : latitude 16°57,2’Sud longitude 144°34,8’Ouest. J’ai plus précis, mais je préfère que vous affiniez à vue, entre les « patates » de corail !

Je ne l’ai pas trouvé tout de suite, ce mouillage idéal. Il m’a fallu chercher un peu. J’ai mouillé tout d’abord Jangada dans la zone, après avoir effectué un premier slalom entre les cayes plantées, de çi de là, sur le fonds de sable corallien.

Mais à ce premier mouillage, nous n’avions pas un rayon d’évitage complet sur 360°, ce qui est dangereux à l’intérieur des atolls, sur lesquels s’abattent chaque jour des grains qui sont à l’origine de changements sensibles de direction du vent.

J’ai du, en utilisant notre annexe, et le sondeur électronique à main, faire un repérage, et finalement trouver une zone (mais il n’y en a qu’une !) dépourvue de dangers et nous permettant un rayon d’évitage sur 360° avec 60 mètres de chaîne à l’eau. Les « patates » les plus proches se situent alors à une trentaine de mètres alentour, ce qui est correct.

Avec Marin, nous marquons la position de mouillage idéale avec un flotteur et une ligne plombée par un grappin, et nous y amenons précautionneusement Jangada.

Une fois l’ancre profondément ensouillée dans le sable de corail, nous sommes … au paradis !

Nous avons aperçu deux voiliers à l’entrée du lagon, mais ils sont restés au mouillage proche de la passe, déjà très agréable.

Venir jusqu’à notre mouillage préféré exige un peu plus de courage, car il faut accepter de s’aventurer dans le lagon, non hydrographié biensur.

Tout a un prix, même dans les lieux les plus reculés de la planète…

La piscine naturelle qui nous entoure fait plusieurs hectares : eau translucide, visibilité parfaite, décor de rêve. Soleil éclatant, cocotiers à volonté, eau à 28°C, air ambiant 30°C.

Adélie n’a qu’une envie : sauter dans l’eau depuis la plateforme d’une des jupes arrière de Jangada. Un joli plongeoir. D’autant qu’aujourd’hui, c’est le premier jour des grandes vacances !

Cependant, une petite lumière rouge est allumée dans mon esprit, depuis que nous avons franchi la passe d’entrée dans le lagon de Tahanea. Au premier mouillage où nous avons séjourné, à droite après la passe, j’ai remarqué que deux ou trois requins de récif à pointes noires s’étaient mis à cercler autour du bateau, peu de temps après notre arrivée.

Comportement classique de prédateurs, toujours curieux, toujours à l’affût d’une opportunité, comme les grands fauves du Botswana ou du delta de l’Okavango, aux confins de la Namibie, toutes proportions gardées.

Ces requins de récif ne sont certes pas comparables aux requins tigres ou aux grands requins blancs !

Mais ils peuvent être dangereux, en fonction des conditions qui se présentent.

C’est l’essentiel de ce qu’il convient de savoir, lorsqu’on n’est pas, comme nous, spécialistes de ces animaux.

Aux Tuamotus, ce requin (carcharhinus melanopterus) est appelé mauri, ou vaki. Les adultes ne dépassent guère 2 mètres de longueur. C’est une des trois espèces les plus abondantes en Polynésie. Le mauri affectionne les eaux peu profondes, et il n’est pas rare de le repérer en surface, car sa nageoire dorsale, qui se termine par un petit triangle noir, est souvent visible hors de l’eau.

On s’habitue vite à sa présence, mais il faut rester méfiant. A plusieurs reprises, Marin et moi avons aperçu un mauri à une dizaine de mètres de nous, alors que nous étions en plongée de surface (snorkelling) avec palmes, masque, tuba, et fusil sous-marin. D’ordinaire, le mauri évite la présence d’un plongeur sous-marin sûr de lui. Néanmoins sans fuir précipitamment.

Barbara, un peu plus tard, alors qu’elle faisait consciencieusement ses longueurs de nage, a commis l’erreur de sortir d’une trentaine de mètres de la crique dont je lui avais recommandé les limites naturelles, se retrouvant ainsi à l’ouvert de celle-çi, dans 4 à 5 mètres d’eau. Elle s’est retrouvée à moins d’une dizaine de mètres de deux requins qui l’avaient immédiatement repérée. Nous étions dans l’annexe à ce moment précis avec Marin, à quelque distance, occupés à enfiler nos palmes, et nous avons entendu l’appel de Barbara et vu ses signes qui ne laissaient guère de doutes… Je me suis précipité sur le moteur et l’annexe n’a jamais déjaugé aussi vite !

Il est probable également que Barbara ne soit jamais montée aussi rapidement dans une annexe…

Petite distraction qui peut s’avérer dangereuse. J’avais vérifié la crique auparavant, et j’estimais qu’à l’intérieur il n’y avait pas de danger : eau très peu profonde (moins d’1,80m), et nombreuses solutions de repli immédiates.

Dès que le mauri reçoit une sollicitation, son comportement change radicalement, et le squale devient vite agressif. C’est un requin capable de nager vite, et il a l’habitude de chasser dans de faibles profondeurs, 3 mètres d’eau par exemple.

En repassant devant la passe de Tahanea, pour nous enfoncer vers l’intérieur du lagon, nous avons pêché deux mérous aux lignes de traîne. Malheureusement non comestibles, car les mérous du lagon fixent consciencieusement la toxine de la ciguatera.

J’ai également fléché deux poissons-chirurgiens à l’arbalète, sur le platier.

Qui normalement sont consommables, mais nous ne prendrons pas de risque…

Avant de donner mon feu vert à Adélie, qui se méfie elle aussi des requins, mais a du mal à résister à l’appel de l’incroyable piscine naturelle qui nous entoure, je décide de faire un petit test. Utile précaution…

J’utilise l’un des deux palans de bossoirs qui d’ordinaire servent à remonter l’annexe, et j’y fixe d’abord, en le suspendant par la queue avec un bout tressé de 4 mm, un poisson-chirurgien.

Le test étant … probant, je me vois obligé, pour pouvoir prendre quelques images de ma petite expérience, de remplacer rapidement le chirurgien, promptement avalé par les squales très vite apparus, par un mérou plus conséquent…

Regardez plutôt le résultat…

Nous avons tous assisté à la scène, d’une soudaineté et d’une rapidité incroyables.

Alors que dans les minutes qui précédaient la mise en place de ma « sollicitation », les requins de récif à pointes noires nageaient d’une allure placide et débonnaire autour du bateau, mouillé dans 3 mètres d’eau, à une centaine de mètres du rivage, l’attaque de l’appât a été extrêmement brutale, et il est clair que dans une telle situation, les squales perdent toute notion de prudence par rapport à l’environnement immédiat, fut-il un plongeur.

Ils sont en compétition pour se nourrir, et n’ont montré aucune réserve à venir sous nos yeux, à deux mètres de nous, entre les deux coques de Jangada, pour attaquer l’appât.

A la suite de cette petite expérience, nous avons renoncé à nous baigner autour du bateau, et la petite Adélie est allée barboter dans 1 mètre d’eau, sur la plage, avec son Papa…

C’était plus sûr, et Mamina pouvait ainsi continuer à dormir tranquillement en pensant à sa petite fille naviguant en famille, en toute sécurité, dans l’archipel des Tuamotus…


Olivier
Dans le lagon de Tahanea,aux Tuamotus, il doit faire bon se baigner! Soleil éclatant, eau à 28°C, température extérieure 30°C!

Mais, avant de piquer une tête depuis les jupes arrière de Jangada, un petit test s'impose, avec un poisson chirurgien fraîchement pêché par exemple...

... juste histoire de vérifier que tout est clair pour la petite Adélie, 11 ans, et 30 kgs toute mouillée!

Ah! Oh...! Ben finalement non, Adélie, tu vas peut-être attendre un peu, on dirait qu'il y a un peu de monde dans la piscine...!

Ah oui, du beau monde, même, ma chérie...!

Tu sais, ma chérie, la piscine est grande, et gratuite, mais elle n'est pas surveillée. On s'y trempe à ses risques...

... et périls! Et justement, là, on dirait ...

... que ça se gâte un peu, vois-tu!

Bon, tu sais quoi, tes longueurs, tu vas allez les faire, avec Marin, Maman et moi...

... dans 1 mètre d'eau, au bord du platier, c'est pas mal aussi, tu sais!

lundi 7 juin 2010

Billet N°66 –Atoll de Tahanea, Tuamotus…

 Du Mercredi 2 juin au Dimanche 6 juin :


Par Barbara

Nous quittons l’atoll d’Amanu le 1er juin au petit matin sous un ciel gris et perturbé, incroyable comme ici le temps change vite, et du coup l’ambiance. En l’espace d’un instant, d’un paradis éclatant, lumineux et ensoleillé, on se retrouve dans un archipel hostile et gris…

En sortant dans la passe, on croise un voiler rencontré aux Gambier qui s’apprête à entrer dans le lagon, avec à son bord les deux petites amies d’Adélie. Quel dommage de juste se croiser ! Cela me confirme que les rencontres en bateau sont souvent plus le fruit d’un heureux hasard que celui de rendez-vous planifiés longtemps à l’avance.

Adélie se rattrape un peu en parlant à la VHF à Moana et Thaïs, et leur indique où se trouve la cabane dans laquelle elle s’est si bien amusée ces derniers jours.

Ensuite s’ensuivent deux jours de mer, le premier désagréable, venté, avec le vent sur l’avant du travers, j’attends alors juste que cela se passe…le deuxième ensoleillé, paisible, nous faisons même du Cned et un beau thon est pêché juste avant d’entrer dans la passe de Tahanea. Je vais pouvoir le préparer cru au dîner avec la délicieuse sauce sashimi dont Philippe, le papa des fillettes ci-dessus mentionnées, m’a donnée la recette aux Gambier. Le poisson est pêché au bon moment de la journée, suffisamment tôt pour être préparé en filets, qui seront ensuite mis au frigo. Ainsi quand je les sortirai au moment du dîner, ils auront une consistance plus ferme pour être plus facilement coupés en fines lamelles.



Les trois jours que nous passerons dans le lagon de Tahanea seront un festival de couleurs et de lumières, entre ciel et mer. L’atoll est inhabité.

Il me semble qu’ici l’échelle a changé, nous sommes entrés dans une nouvelle dimension, d’eau, de ciel, de corail et de cocotiers. Cette sensation de liberté, d’infini, est assez exaltante. Je réalise alors pleinement à quel point nous sommes loin, coupés du reste de la planète. Mais aujourd’hui cette sensation n’est pas oppressante, comme il m’arrive parfois de la ressentir.

Ici, c’est grandiose et j’apprécie d’être là.

Le voyage en bateau trouve alors toute sa justification.

En effet quelque fois il m’est arrivé d’être un poil frustrée à l’approche d’un nouveau pays, de me contenter de son littoral, et de me dire que j’irai visiter l’intérieur plus tard…

Ici aux Tuamotus, dans cet atoll sauvage, Jangada est simplement le meilleur moyen et le plus approprié pour vivre notre vie de Robinsons. Car c’est la seule façon d’approcher ces merveilles.



Je reconnais le côté très protégé de notre existence. Nous ne suivons plus aucune actualité nationale ni internationale depuis des mois, et cela ne nous manque absolument pas, plus de courses ni de shopping depuis des lunes, et je m’en passe.

Nous sommes très préservés de l’extérieur, de ses angoisses et de ses tensions. Assez égoïste comme attitude, mais elle n’aura qu’un temps et la dure réalité nous rattrapera bien un jour. Alors aujourd’hui nous en profitons et nous apprécions.

Nous savourons toute cette disponibilité d’esprit et comme jamais aussi nous pensons beaucoup et souvent à ceux qui nous sont chers à terre.



Au cours de ces trois jours, nous changerons de mouillages dans ce beau lagon, en zigzagant entre les patates de corail.

Olivier dans le mât, Marin à la barre, et moi devant le logiciel Maxsea (outil de navigation ô combien pratique et devenu incontournable).

Je déniche des piscines naturelles entre le lagon et l’océan où je fais des longueurs avec délice dans un mètre d’eau translucide. Adélie, sur le bord, chronomètre à la main, m’encourage.

Tahanea nous va bien…

Nous prenons le temps, un soir avec Olivier, de faire un rétro-planning pour être à Tahiti le 21 juin pour notre « charter » de l’été. Sans nous référer de temps à autre à un calendrier, nous aurions vite fait de perdre la notion du temps qui passe…

Damned ! Il nous faut appareiller demain matin, si nous voulons découvrir et profiter encore de nouveaux atolls sur la route, avant Tahiti.

Ah oui, à Tahanea, ce fut aussi la fin des classes et le début des grandes vacances…tout un programme en perspective…


Barbara


Entre ciel et mer, l'atoll de Tahanea, aux Tuamotus.

Des motus déserts rien que pour nous!

Liberté chérie!

Le dîner pour ce soir, juste avant d'entrer dans le lagon...

La recette du pain sur Jangada est enfin au point!

 

dimanche 6 juin 2010

Billet N°65 Dernier jour de classe à bord de Jangada

Samedi 5 juin 2010 :


Atoll de Tahanea, Tuamotus…

Par Barbara

C’était dans l’air du temps depuis quelques jours déjà, en fait depuis notre arrivée aux Tuaomotus, la motivation des élèves - et de la professeur - allait decrescendo…

Même le proviseur, que l’on n’avait pas trop entendu sur le chapitre Cned pendant l’année scolaire, perturbait les cours en demandant plusieurs fois dans la matinée à l’élève Marin s’il avait bientôt fini son Cned, pour aller repérer le coin en annexe, poser le tramail, pêcher des poissons perroquets, attraper des crabes de cocotiers, etc…

Bref, pour un proviseur en titre, une attitude moyennement bien perçue par la maîtresse ces derniers temps ! Depuis que nous sommes dans cet immense terrain de jeux que sont les Tuamotus, ce n’est pas deux mais trois enfants que la maîtresse compte à bord…

Evènement hier samedi 5 juin, Marin a fermé son livre de français sur les sonnets, les allitérations, et les assonances qui vont aller désormais sommeiller dans un coffre du bateau. Adélie, une heure plus tard, terminait sa leçon sur les dm3, les cl, et le remplissage des cylindres.

Vive les vacances, à bas les pénitences… (Je vous rassure, il n’y en a jamais eu !).

Le proviseur, toujours le même, celui qui attendait les grandes vacances de ses enfants avec impatience, s’est fendu d’un discours de fin d’année, un bilan avec les points positifs, les points à améliorer, sur le fond, sur la forme. La parole a ensuite été donnée à la maîtresse et aux élèves, mais au bout d’un moment les discours ça va bien, donc tout le monde est vite allé déjeuner, car la première après midi de grandes vacances, ça ne se rate pas !

Mon bilan sur cette première année de Cned ?

Ce n’est pas un exercice facile, mais finalement je dirais que c’est positif.

Que les petits collégiens métropolitains se consolent, si Marin et Adélie ont fini leur année scolaire 3 semaines plus tôt qu’eux, il faut bien qu’ils sachent qu’à bord de Jangada, il n’y a pas de petites vacances scolaires, ni de samedi ni de dimanche qui tiennent !

Il y a école tous les matins, et parfois même un peu l’après midi quand nous sommes en retard sur le programme. En revanche on prend la liberté parfois de s’octroyer toute une journée par-çi par-là pour profiter de l’endroit où l’on se trouve.

De même, on a malheureusement trop peu fait de Cned pendant les périodes de navigation.

Il faut dire que nous avons souvent eu des conditions de mer et de vent soutenues pendant nos traversées, et alors très vite, il devenait impossible de se concentrer sur ses cahiers.

Cela suppose alors des séances de rattrapage assez éprouvantes à l’arrivée, car

1/ il faut s’y remettre et

2/ à haute dose de surcroît !

En effet le calendrier des évaluations à envoyer, lui, n’est pas flexible.

Le mieux est donc avant tout d’avoir un rythme régulier, et une certaine rigueur dans les horaires et le nombre d’heures effectuées dans la matinée.

Conclusion, rythme soutenu quand même pour un programme assez exhaustif, ( pas certaine que les collégiens à terre passent des heures à réaliser des devoirs en art plastique ou en technologie qui n’en finissent pas…)

Etre à la fois la maman et la professeur n’est pas chose si simple !

La patience n’étant pas non plus mon fort, et mon niveau d’exigence étant parfois excessif, le cocktail en résultant engendrait parfois des situations … explosives !

J’ai souvent eu droit au gentil surnom de Folcoche…Sûrement à juste titre, j’en conviens, et j’en fais mon mea culpa…

Pour les enfants, avoir leur maman 24h/24 sur le dos, forcément, les lassait aussi.

Leur motivation et leur enthousiasme variaient également selon les jours.

Les jours les pires étant ceux où les deux chérubins, ensemble, ne voulaient pas s’y mettre, alors là, je les aurais facilement jetés par-dessus bord !

Ensuite interviennent les caractères et les dispositions de l’un et de l’une pour la chose scolaire, et là, force est d’admettre que j’avais plutôt les deux opposés sous la main.

Sur ce point, il fallait s’adapter sans jamais comparer…

Je reste persuadée malgré tout que pour Marin, avoir sa maman qui le suivait et le marquait à la culotte sur le plan scolaire, n’aura pas été un mal. Parallèlement, je suis particulièrement fière de mon fiston qui, sur le plan de la navigation, de la manœuvre, et du sens marin, a largement supplanté sa pauvre maman, qui demeure en la matière une bien piètre équipière…

Pour le contenu des cours du Cned, je confirme qu’ils sont excessivement bien faits. La progression se fait aisément. Les enfants ont bien entendu progressé, mais j’avoue aussi pour ma part avoir pas mal dépoussiéré des acquis oubliés, et même appris un tas de choses.

Et pour moi apprendre, comprendre, cela reste un vrai plaisir.

Bon, n’exagérons rien quand même, je préférais nettement apprendre l’histoire de France du XVIeme siècle que d’expliquer, et même j’avoue de comprendre, les circuits ouverts ou fermés, en physique…



L’année prochaine sera différente, nous avons demandé en effet au Cned le passage direct d’Adélie en 4ème, donc dans la même classe que Marin. Adélie a la capacité, et en toute modestie, pour avoir suivi de près le programme de 5ème avec Marin cette année, je sais désormais qu’il consiste en une révision approfondie du programme de la 6ème.

Gérer simultanément deux programmes scolaires d’un an seulement d’intervalle m’a semblé inutilement compliqué.

Je pense que cela me facilitera la tâche.

Ce n’est pas sans risque cependant pour la motivation et le comportement de Marin, qui se retrouvera alors dans la même classe que sa sœur…

Affaire à suivre…

Difficile également d’estimer tout ce que les enfants auront appris de ce voyage, en parallèle, en géographie, en culture générale, en pratique, etc… C’est sûrement inestimable, difficilement quantifiable, mais je reste persuadée que c’est une immense chance pour eux que de vivre cette aventure, pas toujours facile mais si enrichissante, imposée par leurs parents.

Bon, allez, ce sont les grandes vacances, je range au placard ma casquette de professeur, et je retrouve avec plaisir le « simple » rôle de maman pour quelques semaines !

A tous les écoliers, collégiens, et lycéens de métropole, je souhaite d’excellentes vacances !

Barbara

Rentrée scolaire le 2 septembre 2009

Salle de classe dans le cockpit de Jangada

L'élève Marin en plein exercice ...pratique

Plus à l'aise en haut du mât que devant ses verbes anglais irréguliers.

L'élève Marin en plein SVT ( Sciences et Vie de la Terre)...

L'élève Adélie en cours d'expression corporelle...

Vive les Grandes Vacances!

Demain matin, grasse matinée pour l'élève Adélie ...

vendredi 4 juin 2010

Billet N°64 – Chasseurs de crabes et pêcheurs de (petits) requins aux Tuamotus.

Par Olivier

Samedi 29 Mai 2010. Atoll d’Amanu, aux Tuamotus.

Les enfants ont joué toute l’après-midi autour du Faré Iti Coco, leur cabane sur l’atoll. Dépendance d’une ancienne ferme perlière, aujourd’hui abandonnée.

Ils l’ont aménagée avec les objets délaissés trouvés sur place.

Ils ont aussi repéré un gros crabe de cocotier, aussitôt appelé Bob, qui réside dans les parages. Adélie voulait à tout prix que je l’attache avec une ficelle à un poteau d’angle de la cabane, jusqu’au lendemain.

J’ai essayé de négocier pour Bob le maintien en liberté conditionnelle, mais il m’a fallu finalement me résoudre à le capturer et à l’attacher par la plus grosse de ses deux pinces avec un petit bout de 4 ou 5 mètres de longueur.

Je crois qu’en réalité Adélie avait une confiance limitée dans la loyauté de Bob à son égard, et elle préférait le voir attaché à un poteau avec un rayon d’action limité, plutôt que de partager avec lui, en liberté, son nouveau domaine…

Bob était pourtant chez lui, mais bon…

J’ai ensuite eu l’idée de proposer aux enfants une chasse aux crabes dans la cocoteraie : j’avais repéré le matin même un coin de terre meuble, à quelques dizaines de mètres de l’eau du lagon, où ces charmantes petites bêtes affectionnent de creuser leurs terriers…

Nous voilà partis à la chasse aux crabes, avec la ferme intention de ramener de quoi faire un bon barbecue, de retour au faré des enfants.

Le bois flotté, le bois mort, et les bourres de noix de coco ne manquent pas.

Nous prenons nos deux paires de gants de plongée en néoprène, et un sac en maille de filet. Les tartarins de l’atoll se mettent en route.

Au bout de quelques centaines de mètres, je retrouve le spot repéré plus tôt. Le sol, jonché de noix de coco à tous les stades de maturation, est truffé de terriers de crabes.

Mais l’alerte est vite donnée chez les collègues de Bob : chaque crabe a son terrier, et tout le monde au fond du trou !

Damned !

Nous voilà à quatre pattes, à essayer d’identifier les terriers qui ont un zabitant, et ceux qui n’en ont pas. Il n’y a pas beaucoup d’amateurs, chez les enfants, pour me faire de la concurrence lorsqu’il s’agit d’aller, à l’aveuglette, glisser la main, même gantée, au fond du trou, qui peut mesurer 50 cm…

Drôle d’impression.

Le crabe qui s’y trouve n’a pas, mais pas du tout, l’intention d’en sortir, et il faut batailler dur pour lui faire entendre le contraire, sans se faire pincer, c’est préférable.

A bientôt 55 ans, me voilà dans une drôle de posture, en train de m’adonner à une drôle d’occupation ! Mais pourquoi donc ai-je proposé cette chasse aux crabes aux enfants, suivi d’un barbecue au faré ?

Je sors difficilement les premiers crabes, parfois une patte, ou une pince, me reste dans la main, mais j’arrive généralement à mes fins.

Au bout d’une demi-heure, le sac compte une douzaine de crabes.

Allez, encore deux ou trois, et le compte sera bon.

Soudain, la main au fond du trou, je me fais pincer le majeur de la main droite par un crabe plus adroit que les autres.

Malgré mon gant en néoprène de 3 mm d’épaisseur, je hurle de douleur.

La pression est énorme. Je retire mon avant-bras brusquement, ce qui arrache la pince principale du crabe (celles-ci sont dissymétriques, une grande, une petite). Et à ma grande surprise, la pression ne diminue pas, la pince continue d’appliquer sur mon doigt une pression incroyable, qui me fait hurler devant les enfants médusés !

J’ai l’impression d’avoir le doigt compressé dans un étau qui aurait été copieusement serré.

Avec Marin, nous essayons d’arracher la pince en l’ouvrant, mais cette tentative me laboure la chair, je gueule de plus belle !

Il faudra attendre 1 à 2minutes après le sectionnement de la pince pour que la pression diminue suffisamment, et que l’étreinte se relâche...

Incroyable la puissance de cet organe, j’en reste stupéfait, et endolori pour quelques heures.

Il faut dire que ces crabes se nourrissent exclusivement de noix de coco, et vous savez comme il est particulièrement difficile de décortiquer une noix de coco de sa bourre sèche. Les crabes de cocotier pratiquent cet exercice chaque jour, et, pour atteindre cet objectif vital pour eux, la nature les a dotés de pinces particulièrement puissantes.

Bon, ben, moi à qui Barbara reproche de dire de temps à autre qu’on apprend souvent dans la douleur, cet épisode ne va pas me faire changer d’avis…

Nous arrêtons là l’expérience chasse (la pêche est à venir) nature et tradition, et revenons au faré. Les enfants allument un brasero avec quelques petit bois et des bourres de cocos sèches.

Je sors prudemment les crabes un par un du panier, leur arrache les pattes et les pinces (sympa), seul moyen de les immobiliser (et puis c’est marqué dans notre livre de recettes de Robinsons en voyage !), et les met à cuire au barbecue, pinces comprises, sous les yeux effarés de Bob, qui observe cette scène d’horreur depuis sa planque précaire, à faible distance, localisable en suivant la ficelle qui le prive provisoirement de liberté.

Adélie et moi avons passé un deal concernant Bob : il aura connu pendant quelques heures la captivité, soit, mais sera relâché demain, et échappera au sort de ses infortunés congénères !

Un quart d’heure plus tard, Barbara nous rejoint au faré et nous dégustons nos crabes, avec une nette préférence pour les pinces. Le corps est très huileux, cette espèce de crabe stockant l’huile de coco dans une poche attenant à l’abdomen, laquelle est crevée lors de la cuisson sur le feu…

Suite des travaux pratiques. Les enfants, tout à l’heure, en aménageant un chenal balisé pour accéder avec l’annexe et le kayak à leur faré, ont repéré un petit requin de récif à pointes noires, qui nage dans deux mètres d’eau et a visiblement ses habitudes dans le coin. Ils l’ont surnommé Black Jack. Son aileron dorsal dépasse fréquemment de la surface, il est aisément reconnaissable, et rôde dans le quartier, à l’affût d’une affaire. Les enfants n’osent plus trop se servir du kayak, ni aller chercher l’annexe sur le coffre qu’a mouillé Marin à 5 mètres du rivage, sur le platier.

Décidément pas à une connerie près ce jour-là, je propose aux enfants de tenter de le capturer au filet, cette nuit, histoire de savoir à quoi il ressemble, de près.

Réponse enthousiaste immédiate des enfants.

Nous allons chercher le tramail (un filet constitué de 3 mailles juxtaposées, une de section plus petite au milieu de deux de section plus grande) de 25 mètres que nous avons à bord, et que nous n’avons utilisé que 3 ou 4 fois depuis le départ, prenons des flotteurs, des plombs de plongée, et, peu de temps avant la nuit, Marin et moi posons le filet devant le faré, à une trentaine de mètres du rivage, par 4 à 5 mètres d’eau.

Marin s’endort avec la jouissive perspective de pêcher pendant son sommeil. J’ai connu cela à son âge.

Le soleil se lève sur le Dimanche 30 Mai. Nous vivons avec le jour, nous couchons tôt, mais sommes debout à 06H00.

Marin et moi avalons un rapide petit-déjeuner, puis filons avec l’annexe vers le faré, et le tramail posé devant. J’explique à Marin qu’il est déjà tard pour relever un filet, et que dans les endroits où sont présents des prédateurs, ces derniers ont souvent déjà profité de l’aubaine matinale que leur offrent les poissons pris dans les mailles.

Le filet est là, immobile, ses flotteurs en surface.

Mais quand nous commençons à relever le tramail, une surprise nous attend !

J’aperçois immédiatement Black Jack pris dans les mailles, mais il n’est pas seul !

Le filet a été martyrisé par des requins, et il présente plusieurs déchirures.

Marin et moi embarquons dans l’annexe 6 requins à pointes noires, 3 adultes et 3 jeunes, et un petit requin gris.

L’un des adultes a commencé à se faire dévorer par l’un de ses congénères.

Pas un seul autre poisson du lagon dans le filet !

Bon, à l’évidence, ce n’est pas une très bonne idée de pêcher au tramail aux Tuamotus !

Que les âmes sensibles à la vision des images se rassurent : ce petit prélèvement involontaire dans la population des requins du lagon d’Amanu est indolore pour la faune locale.

Il y a des centaines de requins dans le lagon d’Amanu.

Dans l’annexe, nous faisons attention, à nos pieds d’abord, aux boudins gonflables de l’annexe ensuite. Certains des requins pris dans le filet bougent encore, et leurs dents sont particulièrement acérées. Elles coupent comme des lames de rasoir.

Nous rentrons à bord, où Barbara et Adélie sont aussi surprises que nous de notre coup de filet.

Hisser le tout sur le pont avant tribord de Jangada ne sera pas chose aisée.

Nous dégageons un à un les requins, emprisonnés dans les mailles, et quelques morceaux de coraux qu’ils ont arraché au fond en se débattant.

Le tramail est remisé dans sa caisse en plastique dans la jupe arrière babord, ce n’était pas une bonne idée !
Olivier


Bob, le crabe de cocotier du Fare Iti Coco...

Retour de pêche au tramail, aux Tuamotus...

Bon, ben on a du faire un tout petit prélèvement...

... dans la nursery...

... des requins de récif à pointes noires du lagon d'Amanu!

Ce mauri a les dents propres, et acérées...

... et cela se voit sur son congénère!

Père et fils, pêcheurs de requins aux Tuamotus...

mercredi 2 juin 2010

Billet N°63 – Le Faré Iti Coco, ou la cabane de l’atole Par Marin et Adélie

Samedi 29 Mai 2010

La cabane
Sur l’atoll d’ Amanu, nous avons découvert une cabane abandonnée…
Il y avait d’autre farés mais on a préféré, Marin et moi, s’installer dans l’ancienne cabane sur pilotis de la ferme perlière.

Un rapide coup d’œil nous a suffi pour constater qu’il n’y avait personne à part :

- Bob, un crabe de cocotier

- Black Jack, un requin pointe noire qui était le gardien de la crique nacrée…

Dans les autres farés, il y avait beaucoup de meubles en bois dont une grande table et deux bancs. Avec l’aide de Papa, on les a sortis dehors et pour la fête des mères, on a mangés A TERRE, sur la table, des lasagnes au corned beaf.

Il y avait, dans le faré « pêche » un vieux transat rouillé avec, au lieu du tissu, de la corde fine. Avec Marin, on s’est regardé et on a eu la même pensée : c’était la pièce la plus importante pour notre cabane : l’escalier. C’est vrai que depuis le début on n’avait toujours pas trouvé de moyen pour monter dans notre cabane sur pilotis ! Puis, on a placé quelques meubles à l’intérieur mais il y avait pleins de nids de guêpe !!! Heureusement la cabane avait un petit balcon, pas en très bon état, mais un balcon ! Avec l’aide de Papa, on a changé les planches et on a installé le hamac. Un jour, en me baladant autour de la cabane, j’ai découvert une citerne énorme et à ras bord. Avec des tuyaux, j’ai réussi a amené l’eau jusque dans la cabane. On a trouvé un nom pour la cabane : Faré Iti Coco !
Explication : faré veut dire maison, iti veut dire petit, et coco bah sa veut dire coco !
Adélie


Le chenal
Moi de mon côté j ai construit un chenal pour accéder à la cabane en annexe entre les patates de corail.
Je suis allé prendre dans le faré pêche des bouées et du petit bout, puis je suis allé chercher des pierres je les ai ramenés jusqu’ au kayak. J’ai pris le bout je l’ai coupé en quatre, j’ai accroché les petits bouts à une extrémité de la bouée et l’autre sur la pierre. J’ai mis tout ça dans le kayac. Je suis allé au milieu des patates de corail puis j ai tout largué en traçant un chenal. Pour terminer je les ai réglés en fonction de la marée.

Marin
Le Faré Iti Coco, sur l'atoll d'Amanu, Tuamotus.

Une cabane de rêve pour les enfants, au bord du lagon...

Apparemment, il y fait bon vivre...

... et même y flemmarder!

Quelques tâches ménagères biensûr, comme la vaisselle...

... mais aussi des loisirs nautiques...

... et des danses polynésiennes...

... pendant que les zabitants des lieux, les bernard l'ermites, se tapent une noix de coco!