jeudi 29 mars 2012

MESSAGE N°11bis

La photo prise en mer pendant la traversée par Jean Louis Clemendot à bord du HARMATTAN :  http://www.jeanlouisclemendot.fr/

Arrivée !





MESSAGE N° 11 – Traversée Georgetown (Ile de l’Ascension) – Praia de Santiago (Iles du Cap Vert)

JOUR 11 – Jeudi 29 Mars 2012

Distance de l’Ile de l’Ascension 1386 milles
Distance de Praia de Santiago 113 milles
Position à midi 14°07’Nord/21°43’Ouest –
Distance parcourue en 24 H00 : 189 milles

Fin de traversée pour Jangada, et dernière journée de mer pour l’équipage qui débarque. Hier dans l’après-midi, nous avons du prendre un 2ème ris dans la GV et quelques tours sur le solent. Une bonne brise soufflait de 55° sur tribord, une allure rapide, et un peu humide, pour notre voilier. La nuit a été plus calme, le ciel s’est dégagé et ce matin, nous avons renvoyé de la toile pour maintenir une bonne vitesse.

Le soleil est revenu, le bleu de la mer aussi, l’Afrique s’éloigne. Vers 10H00, j’ai aperçu le fanion d’un casier à la dérive. En passant tout près, je me suis rendu compte qu’une tortue marine semblait prise dans les cordages attachés au flotteur. Branle-bas de manœuvre à bord ! Les filles à enrouler les lignes de pêche (nous avions loupé un gros poisson juste avant), les garçons à affaler partout, et nous voilà à remonter dans la mer et le vent avec les moteurs pour aller nous acquitter de notre bonne action écologique : libérer l’animal ! Stoppés au vent du fanion, nous avons dérivé dessus, la tortue ne s’est pas inquiétée de l’arrivée de ce nouveau gros flotteur. Je l’ai attrapée à la main, mais en fait elle n’était pas entravée. Libre de ses mouvements, elle avait simplement élu domicile à proximité de cet objet dérivant, dont la présence pourvoyait à ses besoins alimentaires, puisque toute une chaîne alimentaire se développe autour de tels objets dérivants en plein océan.

Elle s’est juste dit que ce nouveau gros flotteur était vraiment providentiel, mais quand j’ai voulu vraiment la mettre sur la jupe pour voir si elle n’était pas blessée ou malade, là elle s’est éloignée de quelques mètres, outrée de si peu d’égards. Nous lui avons souhaité bonne chance et longue vie, et avons remis en route vers Praia de Santiago, où nous devrions arriver la nuit prochaine vers 02 heures du matin… A demain !

mercredi 28 mars 2012

MESSAGE N° 10 – Traversée Georgetown (Ile de l’Ascension) – Praia de Santiago (Iles du Cap Vert)

SPECIAL TOUR du MONDE…           SPECIAL TOUR du MONDE…  
Boucler … la boucle…

JOUR 10 – Mercredi 28 Mars 2012

Distance de l’Ile de l’Ascension  1242 milles
Distance de Praia de Santiago  302 milles
Position à midi 12°22’Nord/19°00’Ouest –
Distance parcourue en 24 H00 : 127 milles


Ils ont fait le TOUR du MONDE à la voile !

Ouaaahhhhh !


Qui ? Ben, nous ! L’équipage de Jangada, quoi… Non ? Ah ben si, quand même !

Ils ont (nous avons, quoi) parcouru près de 33 000 milles marins pour finalement recouper leur (notre) sillage de Décembre 2009 au départ de l’Afrique vers l’Amérique du Sud.

Le verdict d’Argos est tombé ce matin via un message satellite venu de Toulouse (merci Louis pour les calculs) :



« Le Mardi 27 Mars 2012 à 23H03 GMT, par 11°43’,9 Nord et 17°58’,3 Ouest, après 837 jours 22 heures et 37 minutes, le voilier Jangada a recoupé le sillage qu’il avait tracé le 11 Décembre 2009, aux environs de 00H26, au même endroit. »



Oh, ne croyez pas que je vais faire dans la gloriole pour le crier sur tous les toits,  d’autant que pour moi le voyage n’est pas terminé.



Non, mais je voudrais dire combien je suis fier de mon petit équipage, et combien je suis heureux pour Barbara, Marin et Adélie. Bien sûr, c’est moi qui les ai entraînés dans cette incroyable aventure, qu’ils ne demandaient pas particulièrement à vivre.

Mais au fil du temps c’est aussi devenu leur projet, puis leur mode de vie pendant près de trois années. Et ils sont allés jusqu’au bout du voyage.

Le Capitaine leur dit bravo !

Ils ont été formidables tous les trois. Je le pense vraiment.



Je ne remercierai jamais assez Barbara, qui m’a permis d’effectuer ce grand voyage avec mes deux derniers enfants. Sans elle, ce n’aurait pas été possible. Pour Barbara, tout n’a pas toujours été facile en mer, surtout quand le bateau naviguait au-dessus de 8 nœuds (tiens, comme maintenant, depuis 2 ou 3 heures…). Elle a supporté ce qui pour elle fut de l’inconfort, souvent mêlé à une certaine anxiété devant l’évolution prévue ou possible de la météo ou celui de l’état de la mer. Mais elle s’est accrochée, elle a surmonté les difficultés, et finalement elle a fait le grand tour, sans jamais débarquer.

Que peut lui dire le Capitaine ? Simplement : bravo Barbara !

Que Barbara ne se soit pas intéressée aux techniques de navigation ou de manœuvre, qu’importe, puisque nous pouvions parfaitement nous en passer.

Cela n’a jamais posé le moindre problème. Elle a par contre totalement accaparé, pour notre plus grand bonheur à tous à bord, la gestion de l’intendance et de l’hôtellerie, l’élaboration des repas, et ce faisant elle a régné sans partage sur son coin cuisine avec un grand savoir-faire, car je peux vous dire qu’il n’est pas chose facile de se renouveler quand les denrées sont rares et précieuses, et la conservation pas facile parce que le froid, anti-naturel au possible, est compté et cher en énergie. Et puis aussi, la maîtresse de maison a complètement assuré le rôle ingrat de Folcoche, endossant chaque jour ou presque le tablier de prof, pour faire les cours du CNED à nos deux enfants qui, passée la première année (6ème et 5ème), se sont retrouvés dans la même classe, 4ème et 3ème. Un sacré job, croyez-moi ! D’autant que Barbara s’est acquittée de cette tâche avec un sérieux et une rigueur que je n’ai jamais retrouvés sur aucun autre bateau… Si aujourd’hui les enfants ont probablement un niveau scolaire qui n’a rien à envier à celui des collégiens à terre, alors que dans le même temps ils ont effectué le tour du monde à la voile, ils le doivent bien à leur intraitable Maman ! Merci mille fois à toi, ma chérie, pour tout ce que tu as fait à bord pendant ce long voyage…



Quant à nos enfants, ils ont été tout simplement formidables. Mais, je veux dire, vous n’imaginez pas à quel point ils ont été formidables ! Je ne les ai jamais entendus se plaindre d’avoir été embarqués dans cette aventure. Jamais, même quand les choses ont été difficiles.

Marin avait à peine 12 ans quand nous avons quitté La Rochelle, il en a bientôt 15. Il est parti encore enfant, il revient, il mesure 1,82 mètre ! C’est un vrai jeune homme ! Te souviendras-tu, Marin, quand tu nageais avec les baleines à Tofua, aux Tonga ? Adélie n’avait pas 11 ans, elle n’en a pas 14. C’est désormais une vraie jeune fille ! Te rappelleras-tu, Adélie, du barracuda d’un mètre qui avait sauté, une nuit, directement depuis l’eau sur le trampoline, à Porto-Belo, au Panama ? Le bateau vibrait de partout, on ne comprenait pas ce qui nous arrivait ! Et tant d’autres choses… Ils ont tous deux été merveilleux, supportant la présence permanente de leurs parents pendant des mois, leurs disputes quand il y en eût, les conditions de mer et tout simplement de vie  parfois difficiles. Sans jamais émettre une plainte.

Ils ont parfois eu l’impression que leur long voyage leur faisait manquer bien des choses de la vie à terre. Il est trop tôt pour qu’ils mesurent la vraie valeur de ce qu’ils ont vu et vécu. Pour l’heure, ils savent qu’ils prennent l’avion dans quelques jours pour rentrer en France, et bien sûr, ils ont hâte de retrouver le pays et leurs proches, et de renouer avec la vie qui va avec. Mais chacun sait qu’ils n’ont pas manqué grand-chose de la vie à terre, et qu’ils vont se rattraper sur Facebook à une vitesse astronomique. Ce que je sais seulement, c’est que faire le tour du monde à leur âge aura été pour eux une grande chance.

Ils ont accumulé des milliers de souvenirs, ils ont rencontré tant de gens différents, vu tant de choses nouvelles. Ils savent qu’ailleurs, autre part, des humains pensent, croient et vivent différemment. Ils savent que la planète est fragile, que l’énergie est précieuse, qu’il existe des impératifs urgents pour l’humanité. Ils ont appris que la mer et le vent imposaient la rigueur, la prévoyance, la maintenance et la prudence. Ils ont appris qu’il fallait oser aussi. Analyser une situation, identifier les risques, prévoir l’éventualité, et y aller, si c’est intelligemment et raisonnablement possible. Et toujours s’adapter.

Ils savent maintenant qu’ils sont nés dans un pays privilégié sur bien des aspects, mais que pas grand monde, là-bas,  ne s’en souvenait. Ils ont vu que le dénuement existait, et qu’ils avaient, eux, bien de la chance. Ils n’ont peut-être pas été jusqu’à imaginer que la richesse d’un homme pouvait aussi parfois se mesurer  à ce dont il pouvait se passer, mais en tout cas, ils ont appris que l’on pouvait vivre avec seulement l’essentiel.

Ils ont appris…, ils ont appris tellement de choses.

C’est ce que nous voulions, nous, leurs parents !

Et, finalement, que la Terre est ronde…

Nous adorons nos enfants, Barbara et moi. Nous avons eu une chance incroyable de les voir vivre et grandir à nos côtés à chaque instant tous les jours pendant près de 3 ans. Ils ont incroyablement su se faire aimer. Et pour les avoir côtoyés si longtemps au fil des jours dans des situations variées, nous les connaissons mieux aujourd’hui qu’en 10 ans de vie à terre…



Alors, les enfants, je ne doute pas que vous garderez bientôt les meilleurs souvenirs de ce long voyage, et que les moins bons s’estomperont bientôt dans votre mémoire.



Vous avoir à nos côtés pendant tout ce temps a été pour nous un incroyable bonheur.



J’ai aussi une pensée infiniment reconnaissante envers Timothée, mon fils aîné, venu nous rejoindre 3 fois pendant notre longue absence.

Décalé en âge, et occupé à ses études de médecine, il n’était bien entendu pas question pour lui de faire ce long voyage. Lui aussi a été un grand garçon fantastique, jamais je ne l’ai entendu se plaindre de notre départ et de notre absence, alors qu’il s’apprêtait à affronter la nouveauté de la vie étudiante et la solitude familiale à notre égard. Je le savais fort, et il l’a été. Ses séjours à bord, principalement en Polynésie, puis au Vanuatu et aux Louisiades, ont été pour nous tous des rayons de lumière qui nous ont permis de tenir dans la durée contre la difficulté de cette longue séparation. Un grand merci à toi, fiston.

J’ai hâte de te retrouver, et de rester plus proche de toi désormais.



Moi ? Je suis simplement content de ramener bientôt tout mon petit monde à terre en bonne santé. Jamais au cours de ce grand voyage je n’ai estimé que nous nous trouvions en réel danger, sauf peut-être pendant quelques minutes au large de l’Afrique du Sud, quand le vent a dépassé 60 nœuds et que j’ignorais combien de temps cela allait durer. La mer, là-bas, peut devenir rapidement très dangereuse. Je n’ai jamais regretté le choix de ce solide catamaran, au plan de pont très sûr (des passavants latéraux intérieurs bordés d’une hiloire haute de 50 cm, un pontage de coques plat, et une véritable rambarde haute en tubes d’inox). Le reste est aussi, bien sûr, question d’expérience, mais le choix de ce bateau particulier a en lui-même réduit sensiblement les risques. Pour moi, le voyage continue, avec ses aléas, il me faut maintenant ramener le bateau au terme du périple.

Pour moi, c’est aussi un rêve qui va bientôt s’effacer. Alors, il va falloir que j’en trouve d’autres. Mais ceux qui me connaissent savent que j’ai de la ressource sur ce sujet…



Depuis hier 11H00 du matin, nous faisons route directe sur Santiago. Au début très près du vent, trop pour aller vite. Depuis ce matin, le vent est venu d’une vingtaine de degrés sur la droite. Nous sommes au bon plein, et marchons désormais à 8 ou 9 nœuds. Je suis satisfait de notre petite stratégie de route, c’était la bonne. Remontés jusqu’aux Bijagos, nous faisons route directe sur un bord vers Praia, qui n’est plus qu’à

282 milles devant à cet instant…

A demain !

mardi 27 mars 2012

MESSAGE N° 9 – Traversée Georgetown (Ile de l’Ascension) – Praia de Santiago (Iles du Cap Vert)

Boucler … la boucle…
JOUR 9 – Mardi 27 Mars 2012

Distance de l’Ile de l’Ascension  1156 milles
Distance de Praia de Santiago  429 milles
Position à midi 11°15’Nord/17°10’Ouest –
Distance parcourue en 24 H00 : 101 milles

Aujourd’hui… Aujourd’hui, tard ce soir, est un grand jour pour l’équipage de Jangada ! A moins que ce ne soit demain très tôt ! Cela dépend de notre vitesse dans les heures à venir.

Nous allons recouper notre sillage du 11 Décembre 2009, au départ de l’embouchure du fleuve Casamance, au Sénégal, en route pour les Rochers Saint-Paul.

Alors, alors, la boucle sera bouclée, et nous aurons fait le TOUR du MONDE à la voile !

C’était écrit (depuis longtemps), il fallait bien que cela arrive !

Demain, message spécial et bonne bouteille en perspective ! Pour le menu amélioré, c’est moins sûr, parce que la maîtresse de maison et le près serré, ça ferait plutôt 3 que 2… La nuit a été très humide, et même froide. La température de l’eau de mer a chuté à 18°C, incroyable. Nous voici dans les remontées d’eau froide (upwellings) de la côte occidentale d’Afrique. Bon, tout de même, je ne pense pas qu’on apercevra des phoques, comme il y a quelques semaines en Namibie ! Après notre bord de dégagement d’hier vers l’ouest, nous avons fait route à nouveau au nord toute la nuit, appuyé sur un moteur dans des brises très légères. Des cargos, quelques navires de pêche guinéens. Ce matin au petit jour, l’extrémité occidentale du plateau des Bijagos  était à moins de 20 milles devant, au moment où nous avons aperçu les voiles d’Harmattan, le voilier de notre ami Jean-Louis, le navigateur solitaire pionnier de la dialyse en mer, qui, lui aussi, cherche à rejoindre les Iles du Cap Vert. Alors, petite route de rencontre, et nous lui avons emboîté le sillage pour quelques centaines de mètres parcourues à portée de voix ! Jean-Louis a quitté Sainte-Hélène la veille de notre départ pour l’Ascension, où il n’a pas relâché. Ce matin, cela faisait 18 jours qu’il était seul en mer, et il nous est apparu en forme, bien habillé, élégant même. Nous avons fait des images réciproques, et, si vous avez un peu de chance, il n’est pas impossible que vous puissiez apercevoir une image de Jangada et de son équipage qui ne date que de quelques heures, sur le blog du hardi navigateur (je ne connais pas l’adresse précise, faites Voilier Harmattan ou Jean-Louis Clemendot, vous allez trouver). Car, incroyable, il a à bord, pour des raisons médicales, un accès Internet !

Bon, les enfants lui avaient réservé une petite surprise pour son petit-déjeuner Je lui ai demandé de ne surtout pas toucher à sa barre, de continuer à naviguer, et, en l’approchant par l’arrière, Marin et Adélie lui ont passé, dans un seau tenu à bout de gaffe, 3 crêpes de leur confection ! La solidarité des gens de mer, un truc dans le genre !

Bonne route Jean-Louis, et à bientôt à Praia. Notre cata marche bien entre 40 et 90° du vent apparent, et nous arriverons avant lui.

Et puis, une heure plus tard environ, le vent a refusé à nouveau, nous poussant vers les dangers des Bijagos. Alors, je me suis dit que ce n’était plus vraiment la peine de continuer à gagner dans le nord, et que le moment était venu de prendre le large, et de faire route directe vers Praia de Santiago. Cap au 301 pour 435 milles ! Jusqu’à demain, c’est route au près serré, puis le vent devrait progressivement adonner d’une vingtaine de degrés. Au bon plein, avec ses ailerons fins et profonds, notre cata fait facilement parler la poudre si il y a un peu de vent. Mais ce n’est pas son allure la plus confortable… Ciel gris, mer grise.

C’est parti pour la dernière ligne droite pour Barbara, Marin et Adélie ! Dans 3 jours à Praia (le 30) si tout va bien… Si vous souhaitez envoyer à cette occasion un petit message à l’équipage, faites le sur FNRL@sailmail.com, sans pièce attachée ni accentuation sur les mots.

A demain !

lundi 26 mars 2012

MESSAGE N° 8 – Traversée Georgetown (Ile de l’Ascension) – Praia de Santiago (Iles du Cap Vert)

Boucler … la boucle…

JOUR 8 – Lundi 26 Mars 2012

Distance de l’Ile de l’Ascension  1055 milles
Distance de Praia de Santiago  512 milles
Position à midi 09°37’Nord/16°36’Ouest –
Distance parcourue en 24 H00 : 92 milles

Tirer des bords… Beaucoup moins marrant que tirer des bordées ! Vous rendez-vous compte que nous avions pratiquement réussi jusque là à parcourir plus de 32 000 milles autour du monde, sans … tirer un seul bord, ou presque ! Je ne me souviens que d’un bord, tiré entre les Iles Loyauté et le Vanuatu, puisqu’il nous fallait alors revenir un peu à l’est, contre les alizés du Pacifique Sud. Là, on est servis. On se rattrape. Il faut progresser comme on peut le long de cette côte africaine, en s’élevant lentement vers le nord, jusqu’à pouvoir récupérer le système météorologique des alizés de nord-est, souvent nord hélas d’ailleurs le long de cette côte. Depuis 3 jours, j’ai remarqué que le vent refuse sévèrement au lever du jour, remontant au NNW, alors qu’il adonne tout aussi sensiblement au coucher du soleil, WNW.

Influence d’une composante thermique côtière probablement. Dans la journée, on ne fait guère mieux que 015 en cap, alors que la nuit on pointe au 350. Du coup, ce matin, nous avons mis cap à l’ouest pour tirer un bord de dégagement d’une cinquantaine de milles dont l’objectif est de parer la chaussée de récifs qui déborde très à l’ouest les Bijagos. Ca va nous prendre la journée. Ce soir, au moment où l’on espère l’adonnante habituelle, nous virerons à nouveau pour mettre le cap au nord. Il faut sans doute gagner encore 2° de latitude (120

milles) le long de la côte pour tenter de s’échapper au large, vers le Cap Vert. La nuit a été difficile pour moi. Réglages incessants pour gagner au maximum en cap, cargos qui entrent et sortent du Golfe de Guinée, sautes de vent avec virements de bord intempestifs et pilote qui décroche, solent à contre. Les joies indicibles du près serré. Malgré mon manque de sommeil, j’ai vu arriver le petit jour avec bonheur. La température s’est beaucoup rafraîchie, 25°C pour l’air, seulement 23°C pour la mer. Une multitude d’argonautes dérivent à la surface de l’eau plutôt verte. Ce sont des sortes de méduses avec de longs filaments

(urticants) qui traînent dans l’eau pour capturer leurs proies, mais qui, au lieu de nager, sont propulsées par une petite baudruche translucide gonflée hors de l’eau que le vent pousse à la surface. Pour cette raison, on les appelle aussi « caravelles portugaises », ou bien encore, de façon légèrement moins romantique « capotes à voile ». Petits soucis techniques cette nuit aussi : l’alternateur attelé au moteur bâbord a rendu l’âme, s’il en avait une. Il y a deux jours, il ne régulait plus, et avait fait monter haut le voltage de nos batteries de service. Désormais, il a rendu son tablier, il ne produit plus rien.

Sans doute le régulateur. J’avais fait changer les charbons en Nouvelle-Zélande, tout était OK.

Sur un bateau, il se passe toujours quelque chose, on ne s’ennuie jamais ! Notre copain Jean-Louis, le marin solitaire qui rame lui aussi dans les parages (il n’est plus qu’à une trentaine de milles devant nous), a lui aussi son lot de galères : sa girouette électronique ne marche plus, et il a cassé sa courroie crantée d’alternateur attelé, remplacée à Durban. Il n’a plus que son alternateur attelé à l’arbre d’hélice.



Vous connaissez le principe d’Antoine, ingénieur de formation, ex-chanteur des Elucubrations, et navigateur expérimenté ?


Principe d’Antoine :

- Toute mécanique, tout appareil, quelle que soit sa complexité, toute mécanique tend vers son état naturel, normal, stable, inévitable, qui est « la panne ».

- Par un soin constant, une vigilance sans relâche, on arrive parfois à maintenir durant un temps toujours limité cette mécanique dans un état anormal, artificiel, totalement instable, qui est l’état de marche.



Si un jour vous voulez tenter de faire le tour du monde, il vous faut une bonne caisse à outils, croyez-moi !

A demain !


dimanche 25 mars 2012

MESSAGE N° 7 – Traversée Georgetown (Ile de l’Ascension) – Praia de Santiago (Iles du Cap Vert)

Boucler … la boucle…
JOUR 7 – Dimanche 25 Mars 2012

Distance de l’Ile de l’Ascension  961 milles
Distance de Praia de Santiago  604 milles
Position à midi 08°07’Nord/15°52’Ouest –
Distance parcourue en 24 H00 : 113 milles

Une semaine de mer. Nous avons bien progressé en une semaine, franchi l’équateur, le Pot au Noir, sommes passés au printemps, et dans l’Atlantique Nord. Mais, dans notre petit coin de mer pas loin de l’Afrique occidentale, nous ne voyons pas encore aujourd’hui, ni demain, ni …, l’ouverture de la combinaison des vents qui nous permettrait de mettre le cap au large et de faire route directe vers Santiago du Cap Vert. D’abord les prévisions de vent ne collent pas avec la réalité du terrain dans cette zone délicatement perturbée de l’Afrique. On a du Nord-Ouest là où en pensait avoir de l’Ouest, conclusion, on va tout droit, cap au nord-nord-est, se gaufrer demain vers les nombreux dangers qui débordent à l’ouest la chaussée de l’archipel des Bijagos, au large de la Guinée-Bissau. Avec des cargos en prime. Remarquez, là, nous serons bien contraints de tirer un bord de dégagement au large sans se poser d’autres questions angoissantes. Mais sans doute faut-il encore tenter de gagner 200 milles supplémentaires vers le nord, avant de pouvoir mettre le clignotant à gauche. Je redoute l’idée de devoir tirer des bords pour remonter, sous le vent des Iles du Cap Vert, parce qu’on serait descendu trop tôt trop ouest trop sud dans une mer formée par un alizé musclé de force 6, très fréquent là-bas… Un truc à vous faire regretter (provisoirement) d’avoir entrepris de faire le tour du monde à la voile, surtout, en ce qui concerne Barbara et les enfants, la veille de débarquer… Allez, un peu de chance quoi, une petite bascule et on s’échappe !

Ah, vivement, un jour, un fauteuil au coin du feu, un planisphère accroché au mur, et juste un doigt pointé derrière des lunettes et des cheveux blancs pour faire resurgir mes souvenirs… Oui, mais en attendant, les souvenirs, il ne faudrait pas oublier de se les fabriquer ! Chaque chose en son temps ! Alors, je lève les yeux, au-dessus de ma table à cartes où ils sont inscrits, et je lis ces jolis mots de Mark Twain qui me rappellent à mon devoir, vous vous rappelez ?

« Twenty years from now, you will be more disappointed by the things that you didn’t do than by ones you did do. So throw off the bowlines.

Sail away from the safe harbour. Catch the trade winds in your sails.

Explore. Dream. Discover.”

Catch the trade winds, catch the trade winds, pas facile en ce moment!

A demain!

(Nota du webmaster : demain je monte sur Paris la journée et je ne serai de retour que vers 22h30 ... donc pas de message avant 23h ...désolé)

samedi 24 mars 2012

MESSAGE N°6 – Traversée Georgetown (Ile de l’Ascension) – Praia de Santiago (Iles du Cap Vert)

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JOUR 6 – Samedi 24 Mars 2012


Distance de l’Ile de l’Ascension  739 milles
Distance de Praia de Santiago  702 milles
Position à midi 06°09’Nord/15°32’Ouest –
Distance parcourue en 24 H00 :109 milles



Apparemment sortis du Pot-au-Noir, mais pas au bout de nos peines… Hier après-midi, pas un souffle, nous marchions sur un moteur depuis des heures, lorsque nous avons commencé à apercevoir le manège d’un banc de bonites qui utilisaient la présence du bateau pour capturer sa pitance du jour : des exocets (poissons-volants), en l’occurrence bien à la peine pour décoller et voler en l’absence d’air. Les bonites nageaient à la même vitesse que le bateau, un peu en avant des étraves, et attendaient que les individus distraits qui n’avaient pas dégagé suffisamment vite de notre trajectoire se retrouvent paniqués par l’approche soudaine du bateau, incapables de s’envoler, pour leur donner la chasse au corps à corps. Le spectacle a duré des heures. Je n’ai pas beaucoup dormi cette nuit, j’ai pas mal manœuvré au gré des sautes de vent. Avec Marin, on a renvoyé la GV vers 04H00 du matin, car un petit vent du NWqW s’était levé sur notre plan d’eau. Nous avons pu faire route pendant quelques heures à la voile, avant que ce zéphyr éphémère ne laisse à nouveau la place à des risées trop poussives pour éviter le bruit régulier de la mécanique… Dans la nuit, j’avais été obligé de déconnecter l’alternateur 24 V attelé à bâbord, le voltage des batteries étant monté très haut. Peut-être un petit souci de régulation.

Jean-Louis, le navigateur solitaire, n’est plus qu’à 90 milles devant.

On discute météo, les prévisions ne sont pas idéales. Avant de pouvoir faire route sur Santiago au près sur un bord, il va falloir s’extraire de notre trou à proximité de la côte africaine, et là, c’est vent dans le pif garanti. Plutôt que de courir au large pour tirer des bords dans une mer forcément plus formée, où nous ne serons pas à la fête, je me demande si ce ne serait pas préférable de continuer à monter le plus haut possible le long de la côte africaine, genre embouchure de la Casamance, où les vents sont plus faibles, jusqu’à pouvoir aligner Praia sur un bord qui adonnera progressivement en gagnant dans l’ouest. Y aurait-il des routeurs connectés à Internet dans le coin?

A midi, c’était crêperie bretonne à bord, sans le cidre… A demain !

vendredi 23 mars 2012

MESSAGE N°5 – Traversée Georgetown (Ile de l’Ascension) – Praia de Santiago (Iles du Cap Vert)

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 JOUR 5 – Vendredi 23 Mars 2012

Distance de l’Ile de l’Ascension  739 milles Distance de Praia de Santiago  783 milles Position à midi 04°24’Nord/15°32’Ouest – Distance parcourue en 24 H00

98 milles

Pot au Noir…

Pas un souffle. Ciel couvert en général. Grains de pluie, sans beaucoup de vent. Température de l’air 33°C, de l’eau de mer 29,4°C. Parfois, au gré des grains alentour, une risée nous vient d’un coin de l’horizon vide autour de nous. Nous envoyons la voile la plus appropriée. Puis, quelques minutes plus tard, le faible souffle disparaît. La voile pend lamentablement dans le gréement. On remballe. Le moteur tribord a fait ses 24 heures de midi à midi. Bâbord a pris le relais. A 1400 t/mn sur un seul moteur, on avance entre 3,5 nœuds et 4 nœuds. Mais la houle est faible, et donc le bateau bouge assez peu. On a connu pire. Hier soir au coucher du soleil, la visibilité était incroyable. Une ambiance de légère brume, d’horizon saturé d’humidité, mais suffisamment translucide pour que la lumière orangée du couchant parvienne jusqu’à nous dans la ouate. Une atmosphère irréelle. Je m’attendais presque à voir un ange…Une fois la nuit tombée, la voûte céleste a réussi à percer. Ce qui est étonnant dans le Pot au Noir, c’est que vous pouvez apercevoir des éclairs presque permanents dans le ciel sans qu’un orage soit en vue à des dizaines de milles. L’atmosphère de cette région atmosphérique du globe est tellement chargée en électricité que les décharges sont permanentes. Des éclairs au milieu d’un ciel clair étoilé, c’était ce que nous avons vu, hier soir, Marin et moi… Ce matin, nous avons navigué au milieu d’immenses bancs de sargasses, agglutinées à la surface. Nous les avons parfois contournés, quand ils étaient trop épais.

Je me demandais, Vincent et Louis, s’il était possible de faire figurer sur le blog une carte où figurerait à la fois notre trace de Décembre

2009 au départ de Casamance vers les Rochers Saint-Paul, et, quotidiennement, la mise à jour de notre progression actuelle. C’est peut-être compliqué. Mais pour visualiser le croisement prochain des sillages de Jangada, évidemment ce serait top ! La moyenne a beaucoup chuté, mais on continue à progresser doucement vers le nord, c’est l’essentiel.

A demain !

MESSAGE N°4 – Traversée Georgetown (Ile de l’Ascension) – Praia de Santiago (Iles du Cap Vert)

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JOUR 4 – Jeudi 22 Mars 2012

Distance de l’Ile de l’Ascension  641 milles
Distance de Praia de Santiago  869 milles
Position à midi 02°46’Nord/15°23’Ouest –
Distance parcourue en 24 H00 : 115 milles

Pot au Noir…

Nous y sommes depuis hier après-midi. Mais la nuit, bien qu’avec un vent très léger, n’a pas été désagréable. La mer est plutôt calme, il n’y a pratiquement pas de houle. Nous avons démarré le moteur bâbord hier vers 14H00, il a tourné toute la nuit et jusqu’à midi. J’avais ouvert en grand la porte de la salle des machines, pour tenter de diminuer la température dans le compartiment. Plus de 32°C pour l’air extérieur, 29°C pour l’eau de mer. Le gennaker s’est vaguement gonflé toute la nuit, juste tenu en l’air par une légère brise d’est. Puis j’ai profité d’un petit souffle d’air venu de l’arrière pour envoyer le spi, vers 11H00, et démarrer le moteur tribord. Bâbord au repos. Puis plus rien.

Pas un souffle. Le ciel est désormais couvert, gris, avec des grains de pluie, de l’orage qui tonne, des éclairs. Nous avançons à 4 nœuds, cap au nord.

Le loch du GPS a franchi la barre des 32 000 milles depuis le départ.

Tout est moite. Hier soir nous avons mangé des papillotes de daurade aux petits légumes. Succulent ! Au déjeuner, Barbara nous a fait des pommes de terre sautées. Simple, mais l’équipage adore. Barbara a commencé à trier des affaires, elle fait tous les équipets les uns après les autres, retrouvant parfois des souvenirs de voyage oubliés. Elle prépare ses valises. Pour elle (et les enfants) cela sent la fin du voyage. Elle prépare une autre vie… « Bien des instants de la vie seraient délicieux si le passé ou l’avenir n’y projetaient leur ombre… » Un avion les attend début Avril à Praia, sur l’île de Santiago, au Cap Vert. Prévu de longue date d’une part pour permettre aux enfants de rentrer 3 mois avant leur brevet de fin de 3ème et commencer à se réintégrer dans le système, et d’autre part pour leur éviter la difficile remontée des alizés de nord-est vers les Açores, ils vont débarquer dans quelques jours, après avoir bouclé leur tour du monde. Je vais soudainement me retrouver sans eux, et, après avoir vécu en microcosme familial depuis près de trois années, cela sera certainement très difficile pour moi. Mais je ne serai pas seul. Mon frère aîné me rejoint à l’escale de Praia, et nous allons naviguer ensemble jusqu’aux Açores. Après ? Après, j’attends Timothée, mon fils aîné, pour effectuer le dernier tronçon du voyage avec lui jusqu’en France. J’espère qu’il va pouvoir venir. S’il ne peut pas, je préfère finir ce grand voyage en solitaire, au milieu de mes pensées, en ramenant le bateau au bercail.

Pour finir le job. Et tourner la page d'un rêve réalisé.

Alors commencera pour moi aussi une autre vie.

Là-bas, loin devant, à 500 milles environ, l’archipel des Bijagos, en Guinée-Bissau. Et puis quelques milles plus loin, l’embouchure de la Casamance. Mais à 4 nœuds, c’est encore loin ! Et puis, on mettra le clignotant à gauche avant d’arriver là-bas… Mais la vraie question, c’est de savoir d’où soufflera le vent quand on sortira du coaltar ?

« La poulie a crié. La voile suspendue ne demande qu’un souffle à la brise attendue. » (Sainte Beuve) A demain !

mercredi 21 mars 2012

MESSAGE N° 3 – Traversée Georgetown (Ile de l’Ascension) – Praia de Santiago (Iles du Cap Vert)

Boucler … la boucle…
JOUR 3 – Mercredi 21 Mars 2012

Distance de l’Ile de l’Ascension 526 milles
Distance de Praia de Santiago 967 milles
Position à midi 00°50’Nord/15°25’Ouest –
Distance parcourue en 24 H00 : 159 milles


L’Atlantique Nord, à nouveau ! Et trois saisons en un jour ! L’été, l’hiver, puis le printemps… C’est l’étrange performance de Jangada depuis hier soir ! Sous le soleil exactement !

Ah, je vois que certains, là-bas, au fond de la classe, près du radiateur… Résumons cette étrange situation. Hier, nous étions en été (austral), dans l’hémisphère sud. Cette nuit nous avons franchi l’Equateur vers 04H00 du matin. Nous étions donc en hiver (boréal). Et puis, aujourd’hui, dans la journée, parce que nous sommes le 21 Mars, et que c’est l’équinoxe, le soleil va franchir l’équateur céleste, passant en déclinaison nord. Pour vous, là-haut, au pays, et pour nous ici, c’est le printemps ! 3 saisons en 24 heures, qui dit mieux ?

Ceci dit, nous allons au-devant des emmerdes, parce ce que la ZIC s’annonce. Plus tard car plus nord que prévue. Mais nous avons eu de la chance jusqu’à maintenant, de pouvoir rejoindre l’Equateur sans panne de vent, en abattant 526 milles en 3 jours. 205 le premier jour (en 27 heures, de 09H00 à 12H00 le lendemain), 162 le deuxième, et 159 le troisième. Nous en avons encore aujourd’hui, de la chance, de continuer à progresser plein nord avec un petit vent léger de secteur est à sud-est qui, nous permet, sous gennaker et GV haute, de tracer un sillage à 6 ou 7 nœuds. La ZIC nous attend demain au coin des vagues.

Les emmerdes vont commencer, c’est  sûr. On a des infos ! C’est que nous avons dépêché un espion, qui navigue en solitaire, un peu au nord de notre position : Jean-Louis Clemendot, l’homme aux 3 reins, qui nous avait invités à fêter ses 62 printemps à Jamestown, la veille de son départ.  Parti la veille par rapport à nous de Sainte-Hélène, à bord de son monocoque Harmattan, il ne s’est pas arrêté à l’Ascension, et fait lui aussi route vers les Iles du Cap Vert. Hier soir, il nous a envoyé le message suivant :

« Salut Olivier,

Pas de chance cette grippe intestinale et pas marrant. Pour moi tout va bien, ambiance croisière, je n'ai pas trop envie d'arriver, c'est le bonheur. Pour l'instant j'ai eu beaucoup de chance, j'ai encore pas mal de vent, j'ai taillé le bas de mon spi (déchiré il y a quelques jours dans un ridoir) et je le porte comme cela, j'essaye de lancer la mode du spi à franges ! J'avance en moyenne à 5 noeuds, mais ce soir je sens que cela faiblit de plus en plus. Ma position à 18h30 : 2°20N  15°16W  je vais plein nord car vers les 6°N je devrais rencontrer du plein ouest qui devrait me faire monter plein nord jusqu'aux Bijagos et plus si affinités avant de partir sur Praia. Actuellement les alizés sont plein nord, parfois même un peu nord-ouest. La limite entre vents du nord et vent d'ouest est le méridien 18°W. Il fait très chaud, mon thermomètre indique une eau à 33°! Et j'ai rencontré de très violents orages avec vent violent, éclairs et trombes d'eau, le pot au noir quoi ! Bon vent.

Amitiés. Jean Louis »

On est à la même longitude, au même cap que toi, l’ami. A gagner dans le nord, gast !

A demain !

mardi 20 mars 2012

MESSAGE N° 2 – Traversée Georgetown (Ile de l’Ascension) – Praia de Santiago (Iles du Cap Vert)

Boucler … la boucle…
JOUR 2 – Mardi 20 Mars 2012 –

Distance de l’Ile de l’Ascension 367 milles
Distance de Praia de Santiago 1111 milles
Position à midi 01°50’ Sud/15°21’Ouest

Cap au nord dans l’Atlantique, cela nous rapproche de l’écurie. Hier après-midi, un vrai premier grain comme on n’en avait pas eu depuis l’Afrique du Sud… Un grain qui s’allongeait sur tout l’horizon dans le sud-est, une accélération du vent, puis des seaux d’eau qui tombaient de la grand-voile et ruisselaient partout sur le pont. Et la mer, pendant une heure, avec son visage des mauvais jours. Juste un avant-goût de ce qui nous attend bientôt. Le vent a mis du temps à revenir, nous obligeant à faire route au nord-est. Et puis dans la soirée, on voyait des éclairs strier le ciel, loin dans le nord. Pas de doute, nous approchons de la ZIC. Une intoxication alimentaire pour moi, et une mauvaise nuit à la clef : peut-être les brugnons congelés achetés à prix d’or à l’île de l’Ascension, en provenance de Cape Town. Ils avaient une sale gueule : aujourd’hui Barbara les a fait cuire en compote. La moiteur est lourde, les vêtements collent à la peau. Ce matin, le vent est remonté vers l’est. Nous avons fait route sous gennaker. La vitesse est encore correcte, demain cela devrait se gâter. Marin achève de lire Shantaram, son premier vrai pavé. Cela devrait se terminer aujourd’hui.

Adélie écrit une autre grande histoire. Barbara lit des bouquins sur les croisades. Et moi, mon petit reportage sur l’exil de Napoléon à Sainte-Hélène est en panne : pas la forme. Je me dis que demain c’est l’équinoxe de printemps. La déclinaison du soleil sera nulle, le voici bientôt dans l’hémisphère nord. Et comme nous devrions franchir l’équateur nous aussi demain, cela veut dire que nous aurons le soleil pil poil à notre zénith au moment où nous franchirons le grand cercle.

A demain !

lundi 19 mars 2012

MESSAGE N° 1 – Traversée Georgetown (Ile de l’Ascension) – Praia de Santiago (Iles du Cap Vert)

Boucler … la boucle…
JOUR 1 – Lundi 19 Mars 2012 –

Distance de l’Ile de l’Ascension 205 milles Distance de Praia de Santiago 1262 milles Position à midi 04°33’ Sud/15°03’Ouest Cette nuit, je voyais en même temps la Grande Ourse et la Croix du Sud.

Pas encore l’Etoile Polaire, toujours noyée sous l’horizon. Une bonne journée  de mer, poussés par un alizé de 17 à 18 nœuds. La vitesse moyenne, de l’ordre de 8 nœuds, a fait remonter le vent apparent pratiquement jusqu’au travers tribord. Quelques chocs, quelques vagues, un peu d’eau sur le pont. Une bonne nuit, rapide, avec, au loin, un cargo traversier qui, venant d’Amérique du Sud, filait vers le Golfe de Guinée. Ce matin, l’alizé a molli un peu, le ciel s’est couvert. Il fait moins beau, et on va moins vite. Comme d’habitude, les filles ont dormi en bas, les garçons en haut. Il commence à faire chaud, 30°C, à 75% d’humidité relative sur l’hygromètre de la table à cartes. La moiteur s’installe à bord. L’eau de mer est à 28,6°C ! Nous avons déjeuné de daurade coryphène, coupée en fines lamelles raffinées, à la sauce wasabi, accompagnée de riz et de choux vert. Un délice. Route au 350 vers notre waypoint intermédiaire, celui où le vent devrait nous avoir quitté dans moins de 300 milles. Dans 2 jours donc. Pour l’instant, nous profitons du souffle de l’alizé, même si les grains sont déjà plus nombreux dans notre ciel… A demain !


dimanche 18 mars 2012

MESSAGE N° 0 – Traversée Georgetown (Ile de l’Ascension) – Praia de Santiago (Iles du Cap Vert)

Traversée Georgetown (Ile de l’Ascension) – Praia de Santiago (Iles du Cap Vert)
 Boucler … la boucle…

JOUR 0 – Dimanche 18 Mars 2012 – Appareillage de Georgetown


Une traversée pas forcément facile en perspective. 1466 milles en route directe, mais autant oublier tout de suite la route directe… Trois jours d’escale au mouillage de Clarence Bay, un mouillage un peu agité du fait des rafales de vent et du ressac, à côté des barges de l’US Air Force amarrées à leurs coffres. Une île particulière que celle de l’Ascension, une île de lave, souvent aride et désolée, sans eau douce, sauf aux environs du sommet de Green Mountain. L’US Air Force y entretient une base aérienne militaire, dont la piste, Wideawake, est partagée avec la Royal Air Force. L’île est anglaise, mais la base de la RAF est beaucoup plus modeste que celle de l’US Army. Par ailleurs, l’île de l’Ascension est couverte d’antennes  de toutes sortes, des petites, des moyennes, des grandes, et des gigantesques ! Ecoutes en tous genres (civiles et militaires), pilotage ou suivi de trajectoires d’engins spatiaux (dont Ariane), satellites et missiles, transmissions radio (dont la BBC, avec une énorme installation), Cable & Wireless et j’en oublie sûrement. Vous l’avez compris, il faut obtenir un permis avant de pouvoir faire escale à l’île de l’Ascension, et montrer patte blanche. Sans doute aussi vaut-il mieux être français qu’iranien par exemple…On vous racontera notre séjour à l’Ascension dans quelque temps.

Les deux meilleurs souvenirs que nous garderons de cette escale pas comme les autres, ce sont l’abondance et la familiarité des black fish, petits poissons voraces qui faisaient notre vaisselle dans la mer et nettoyaient nos carènes, et le spectacle insolite des énormes tortues marines, qui, la nuit venue, passaient de part et d’autre de notre voilier seul à l’ancre, et nageaient vers la plage de Clarence Bay pour aller y faire un trou et pondre leurs quelques dizaines d’œufs au prix d’un effort physique incroyable… Nous avons appareillé ce matin vers 09H00. Heure GMT à bord.

En début de traversée, pendant 3 jours environ, nous allons manger notre pain blanc, poussés à bonne vitesse par les alizés de sud-est de l’hémisphère sud. Cap au 350, un peu à droite de la route directe, pour gagner dans l’est, mais pas trop ! Puis les alizés vont faiblir, et disparaître complètement, entre 2° Sud et l’Equateur. Merde ! Nous serons alors dans le Pot-au-Noir, la ZIC (Zone Intertropicale de Convergence). Jusqu’à 5° Nord environ. Pas de vent établi, des grains, des orages, de la houle… Ce sera dur pour le gréement, les voiles, les nerfs, peut-être aussi pour certains estomacs… Dur pour la moyenne journalière aussi, qui va chuter grave… On fera appel aux Volvo pour tenter de progresser lentement vers le Nord, et raccourcir la traversée de ce segment de route désagréable. Il existe une part de chance (ou de

malchance) aussi sur ce parcours. La ZIC sera-t-elle large au moment où nous nous présenterons ? Moins de 300 milles ? 300 milles, ou davantage ? Le pire, c’est quand vous êtes rentrés dedans et qu’elle bouge en latitude avec vous, dans le même sens… Le meilleur scénario, c’est l’inverse : vous allez vers le nord et elle va vers le sud. On verra bien, de toute façon, quand on est dedans, l’objectif se simplifie : il faut en sortir ! Par la suite, c’est toujours pas gagné. Vous voyez le bout de la ZIC, en général avant que le scorbut ne se déclare à bord (j’ai trouvé quelques rarissimes citrons à Georgetown Samedi matin, débarqués la veille du RMS Saint-Helena, en provenance de Jamestown et Cape Town, le ti-punch va donc pouvoir s’imposer à nouveau au coucher du soleil - après une difficile période d’abstinence - pour maintenir le Capitaine à 100% de ses moyens) mais vous êtes accueilli en général assez fraîchement par les alizés de nord-est. Ce qui signifie navigation au près serré, une allure assez peu recherchée par les marins au long cours, sauf quelques allumés. Si on a de la chance, ils ne seront pas trop nord, ces nouveaux alizés, et on peut espérer faire route sur un bord (tribord amures) vers Praia, la capitale des Iles du Cap Vert, sur l’île de Santiago. Si ils sont très nord (comme dans les 8 jours qui viennent), c’est baisé, il faut tirer des bords. Et là, bonjour l’ambiance ! Et si vous ne tirez pas des bords, alors c’est l’Amérique qui vous accueillera quelques semaines plus tard en principe, avec, entre les deux, l’Océan Atlantique à traverser. Bref, sur cette traversée, il faut faire un minimum de stratégie, et avoir un minimum de chance. L’idée, c’est de faire route au départ vers un waypoint intermédiaire à droite de la route directe (mais pas trop) jusqu’à perdre les alizés de sud-est. Ensuite, route au nord dans la ZIC (là, tous les moyens sont bons pour progresser, voiles, moteurs, avirons, godille, nage palmée avec une aussière entre les dents, etc…), cap sur l’archipel des Bijagos (Afrique de l’Ouest). Dès qu’on sort de la ZIC, bye bye les Bijagos, faire route au près serré tribord amures vers Praia de Santiago, en espérant que ça le fait. Si ça le fait pas, tirez des bords en essayant de garder le sourire (pas facile)… Mais aller très à droite pour être bien placé en sortant de la ZIC et espérer faire route sur un bord vers Praia, c’est dangereux. Plus vous traversez la ZIC près de l’Afrique, plus elle est large. Et il existe souvent près de l’Afrique une zone dépressionnaire avec des vents tourbillonnants moyennement funs, de gros orages et des pluies torrentielles… Bref, pendant cette traversée, garder le moral !

Ce matin, j’ai essayé un leurre orange réunionnais sur la canne Penn à bâbord, mais il n’a pas de succès avec les poissons. J’ai mis le leurre classique vert et noir à tribord sur la canne japonaise, et nous avons sorti une coryphène d’1,40 mètre. Après un combat héroïque (c’est la formule consacrée) qui faisait suite à la classique prière du pêcheur (« Oh mon Dieu ! Donnez-moi un poisson suffisamment grand pour que je ne sois pas obligé de mentir ! »), Marin a fléché le splendide animal vert-jaune fluo à la grande arbalète, et je l’ai débité en 3 gros morceaux qui ont pris le chemin du frigo, coque tribord. Barbara, bientôt tourdumondiste brevetée,  s’est fait une règle : toujours laisser le poisson pêché 24 heures au frigo, il est alors meilleur que le jour même.

Au fait, ce sera évidemment l’évènement majeur de cette traversée !

Dans quelques jours, une huitaine peut-être, à environ 400 milles dans le sud-est des Iles du Cap Vert, Jangada recoupera le sillage qu’il  a tracé dans la mer en Décembre 2009, au départ de Casamance, en route vers les Rochers Saint-Paul !

Nous aurons alors bouclé la boucle !

Pour pouvoir annoncer la nouvelle à mon petit équipage en temps voulu, avant que la balise Argos ne certifie l’évènement, j’ai commencé à transcrire manuellement sur une carte marine appropriée le listing des positions satellite calculées à cette époque par le système Argos… Bon, chaque chose en son temps, hein !

A demain !

Olivier

Billet N°154 – Sainte-Hélène, ou la belle surprise de l’Atlantique Sud !

Du Vendredi 24 Février au Samedi 10 Mars 2012

Par Barbara

Sainte-Hélène, quelle belle et heureuse surprise que cette escale ! Je ne voulais plus la quitter, et maintes fois le départ a été repoussé. Nous devions y rester cinq jours, nous y sommes demeurés quinze, et vraiment c’est le cœur gros que nous avons appareillé.

Il faut dire que je ne m’attendais pas du tout à une escale aussi plaisante. Nous n’avions que peu d’informations sur le sujet. J’avais lu que le mouillage pouvait être rouleur, que les coffres avaient été arrachés l’hiver dernier lors d’une tempête et que les falaises abruptes de l’île excluaient toute plage. J’avais également lu que Napoléon s’y été morfondu pendant six années et que les conditions climatiques (ventées et humides de sa dernière demeure sur les hauts de Ste Hélène) avaient précipité sa mort. De façon plus pragmatique, j’avais entendu dire que la vie était hors de prix et le débarquement en annexe dangereux.  Bref rien donc de très réjouissant en perspective…Alors qu’elle ne fut pas ma  surprise en débarquant dans le vallon de Jamestown  le 24 février dernier.

Il y a des endroits, comme des personnes, avec qui tout de suite on entre en résonance, c’est simple, c’est facile, on se sent instantanément bien et en confiance…Vous voyez ? Eh bien voilà, c’est exactement ce que j’ai ressenti en débarquant sur l’île. Dès le débarquement à terre, j’ai croisé des regards francs, souriants et accueillants et après 3 mois d’Afrique Australe, où croiser un regard  relève de l’exploit, cela m’a fait un bien fou. Marin et Adélie ont ressenti la même chose, Adélie a  décrété très vite que c’était sa deuxième escale préférée du voyage après la Nouvelle Zélande ! Il faut dire que les enfants se sont vite trouvés des amis à la piscine municipale, vraiment agréable, en plein air, sur le front de mer. Si les enfants se régalaient du plongeoir et des jeux  avec leurs amis saintais, je me repaissais de longueurs. Quel bien fou cela m’a fait, depuis des mois nous ne nous étions pas baignés, et mon dos chaque jour se bloquait davantage. Aussi cette piscine fut providentielle et mon mal de dos a disparu.

Dans le parcours santé de l’île, j’ai également trouvé mon bonheur parmi les sentiers de randonnée qui sillonnent l’île, et encore je n’en ai parcouru qu’une infirme partie. L’incontournable de l’île, au milieu d’une végétation luxuriante, est celui qui permet d’atteindre le Mont Diana, le sommet de l’île, qui culmine à 820 mètres. Je fus chanceuse, car parait-il que le sommet est pris dans les nuages 9 fois sur 10. Le jour où je m’y suis rendue, j’avais une vue dégagée à 360° sur toute l’île, magnifique !

Les habitants de l’île sont charmants, descendants d’esclaves malgaches, malais, africains, de portugais, d’anglais, et de boers, rarement une population fut autant mélangée. Le résultat  beaucoup de tolérance et des peaux cuivrées, des cheveux sombres, et souvent aussi des yeux verts ou bleus. Entre autre le « maître-nageur surveillant caissier » de la piscine, un monsieur d’un certain âge, musclé et cuivré, les cheveux blancs, avait un regard bleu acier superbe. Il était adorable, toujours souriant et avenant avec tout un chacun.

A Sainte Hélène, tout le monde connaît tout le monde, forcément 3 500 habitant c’est peu…, et bien entendu tout le monde salue tout le monde. On retrouve le pasteur à la piscine au milieu de ses ouailles, mais également l’évêque au bistro avec sa cup of tea… Il y a aussi la communauté british en poste, avec des bobbies comme à Londres ! Toujours avec ce flegme britannique si plaisant et la langue de Shakespeare qui en rajoute des tonnes, selon nos critères, dans le contentement, la surprise et l’émerveillement. Je me souviens qu’au début du voyage, j’étais quelque peu agacée par ces exagérations linguistiques typiquement anglo-saxonnes, alors qu’à présent je les apprécie et que je trouve même sympathique de manifester ainsi sa satisfaction, finalement c’est très positif comme attitude.

Nous avons visité Plantation House, la maison du Gouverneur, j’ai adoré le liberty des rideaux et des canapés, les portraits de la famille royale, l’argenterie et la porcelaine du couvert dressé dans la salle à manger, les bouquets de fleurs fraîchement cueillies, et le panier avec le sécateur et les bottes de pluie dans l’entrée pour aller couper les roses dans le jardin, enfin les énormes tortues terrestres qui se promènent placidement autour de la maison ajoutent de l’exotisme à cette atmosphère so british.

Lors de notre passage à Ste Hélène  nous avons aussi eu le plaisir de rencontrer de sympathiques français, le Consul de France, passionné et passionnant, profondément attaché à Ste Hélène, et d’autres français qui travaillaient à solidifier les quais de débarquement et qui avaient également installé, l’an dernier, des filets sur les parois rocheuses de Jamestown pour éviter les éboulements dangereux. Quand je demandais à l’un deux Alex, qui avait fait plusieurs séjours sur l’île dont un de 8 mois, ce qui était  le plus difficile  à vivre sur l’île, il me répondit tout de go : le retour en France quand à nouveau on est happé par le bruit et le rythme trépident !

C’est vrai qu’à Ste Hélène, c’est un peu comme si on remontait le temps, peu de voitures (même si toujours trop), pas de société de consommation. Dans la rue principale de Jamestown quelques épiceries vieillottes avec une ribambelles de vendeuses en tablier, qui époussètent des rayons de…boites de conserve, une bibliothèque, un loueur de DVD, le coiffeur et le Consulate Hôtel, suranné à souhait. Bref non seulement être à Ste Hélène c’est un agréable retour dans le temps, mais c’est aussi une maîtrise du temps. Personne ne court ici, on prend le temps de se saluer, de s’intéresser à l’autre et de discuter. Sainte Hélène vit au rythme des rotations du RMS St Helena qui ravitaille l’île en provenance du Cap, une fois par mois environ, le reste du temps l’île est  coupée du monde…à part quelques voiliers de passage.

Enfin ce qui a également contribué à rendre cette escale chaleureuse, est qu’au mouillage, il y avait des voiliers en escale, (une petite dizaine, selon les départs et les arrivées) et c’était plaisant de retrouver des bateaux rencontrés quelques mois plus tôt. Après les mouillages désolants et désertés de Namibie, avoir quelques voisins sympathiques fut appréciable, et dîner chez l’un, prendre un pot chez l’autre ou souffler les bougies de l’une, a apporté un peu de sociabilité et de convivialité qui parfois nous font défaut.

Voilà en quelques lignes pourquoi Sainte Hélène m’a autant séduite, mais il faut ajouter à cela une donne non négligeable…l’île sera dotée dans 3 ans d’un aéroport qui la reliera au reste du monde et Sainte Hélène changera alors irréversiblement…Certes on ne peut pas aller à l’encontre du « progrès », mais je me réjouis quand même infiniment d’avoir connu Sainte- Hélène préservée, authentique et si paisible.

Barbara


Photo 1 :

Mouillage de Sainte-Hélène, devant le vallon de Jamestown. Nous avons été chanceux pendant notre séjour, car la météo a été clémente, et du coup le mouillage pas trop rouleur. On imagine aisément qu’il peut l’être, la baie étant très peu protégée. En revanche le débarquement à terre en annexe reste délicat. En effet il y a beaucoup de ressac au niveau du quai, ce qui peut plaquer dangereusement l’annexe contre celui-ci. Nous avons eu l’occasion de voir des annexes malmenées par les vagues et certaines dangereusement. Plus d’une personne sont passées à l’eau en tentant de s’agripper à l’échelle du quai. L’autre solution plus  sûre, prendre le passeur qui assure des va et vient entre les bateaux de pêche ou de voyage au mouillage et la terre. Il faut juste s’organiser en conséquent, car le passeur assure les rotations à heure fixe et en contrepartie d’une pound par personne et par jour.



Photo 2 :

Le vallon de Jamestown, verdoyant et niché entre deux falaises rocheuses. Une rue principale, un hôpital et deux « primary schools ». Le niveau des élèves de Ste Hélène est parait-il bien plus élevé que celui de la moyenne anglaise. A cela  plusieurs explications : des professeurs anglais dynamiques et motivés assurent régulièrement des vacations sur l’île pour mettre en place des projets et « des expérimentations » pédagogiques. L’ouverture d’une secondary school  a incité les jeunes  à poursuivre leurs études sans avoir à quitter trop jeunes leur île. Les petits Saintais ont soif d’apprendre et comme leurs aînés sont curieux. Respect et obéissance au professeur signifient encore quelque chose à Ste Hélène. Les meilleurs élèves bénéficieront d’une bourse pour poursuivre leurs études en Angleterre dans les meilleures universités. Le revers de la médaille…peu d’étudiants reviendront dans leur île…Enfin peut-être qu’avec l’ouverture de l’aéroport et les perspectives de développement économique de l’île, la tendance s’inversera.



Photos 3 et 4 :

La fameuse piscine de Ste Hélène, pas vraiment aux dimensions d’une piscine olympique, mais presque. L’amplitude horaire est telle de 09h00 à 18h00, avec deux nocturnes en sus par semaine, que tout le monde peut y trouver son compte. Parfois complètement désertée et donc propice aux longueurs, d’autres fois animée pour que Marin et Adélie rencontrent leurs amis, enfin souvent suffisamment grande pour que tout le monde soit content, on y joue, on y nage, on papote et Adélie fait même du baby-sitting, ici avec un petit Suisse d’un bateau de voyage.

Aspect non négligeable, le prix de l’entrée est très bon marché, c’est le meilleur deal de l’île, car ici malheureusement tout est hors de prix. C’est le coût de la vie en Angleterre indexé sur la livre sterling amplifié par l’isolement de l’île et donc le surcoût du transport en bateau !





Photo 5 :

Le Consulate Hôtel dans la rue principale, est un peu le point névralgique de Jamestown. L’hôtel familial et cosy, est accueillant et ouvert à tous. On y trouve un salon de thé, un restaurant, un bar qui retransmet sur la petite télé les matchs de rugby, des chambres, deux petits salons aux canapés moelleux et aux bibliothèques bien achalandées, enfin un accès au Wi-fi, certes le plus cher rencontré au cours du voyage, mais pratique quand même.


Photo 6 :

La prison de Ste Hélène, vide évidemment ! Les rapports hebdomadaires de la police publiés dans le journal local du vendredi, ne signalent que des incidents entre véhicules. Ici si vous fermez votre voiture ou votre maison à clef, c’est pire qu’un affront pour les Saintais.

Cela dit, n’idéalisons pas tout quand même, à Ste Hélène, comme malheureusement souvent des les îles isolées, mais pas seulement…, l’alcoolisme est un problème sérieux. Autre inquiétant état de fait, deux cas recensés de Sida, et pas de dépistage systématique qui permettrait d’avoir une estimation plus réaliste de la situation. Une sensibilisation importante est faite auprès de la population locale, dans les écoles, à l’hôpital, etc…La grande voisine  de Ste Hélène, l’Afrique Australe largement contaminée, n’est pas loin.

Autre bémol, le coût élevé de la vie et le manque de travail sur place, incitent les jeunes Saintais à s’expatrier pour gagner leur vie, souvent à l’île de l’Ascension, aux Falklands ou en Angleterre. Ce sont alors les grands parents qui élèvent les petits-enfants.

Le temps (le vol en avion pour rejoindre Captown  plus une semaine de bateau pour rallier Sainte Hélène) et le coût du  trajet  empêchent les Saintais exilés de revenir sur leur île.  La cellule familiale se distend. Peut-être que l’aéroport sera un bien alors pour conserver la cellule familiale  saintaise aujourd’hui éclatée.


Photo 7 :

Un mariage à Ste Hélène, c’est un évènement ! Toute la ville est en fête, surtout quand le marié est un jeune pompier et que la voiture des mariés, un camion citerne ! Tous les invités sont sur leur 31,  les jeunes filles d’honneur paradent dans leurs robes de satin orange, la mariée resplendit et sourit à tous. Leur joie est communicative.



Photo 8 :

Plantation House, la maison du Gouverneur de Ste Hélène, ouverte au public le mardi matin, la visite vaut le détour, on se croirait dans l’Angleterre profonde, même le climat humide est de la partie.


Photo 9 :

Une fois que l’on quitte le petit vallon de Jamestown et que l’on emprunte les routes étroites et sinueuses qui montent et pénètrent à l’intérieur de l’île, le climat et les paysages changent radicalement. Sur une toute petite île comme Ste Hélène, 122 km2, la diversité des paysages et du climat est étonnante.



Photos 10, 11, 12,13 :

Du côté de Sandy Bay, sur la côte Sud Est de l’île. Par ici l’île est plutôt pierreuse et aride.





Photos 14, 15, 16 17 :

Dans les hauts, l’île est carrément verdoyante, le climat est humide et frais. On peut apercevoir quelques vaches, élevées pour la viande, il y a un abattoir sur l’île. En revanche très peu, voir pas du tout, de culture maraîchère, et c’est vraiment dommage. Certes les terrains sont souvent en pente et pas très propice aux cultures, mais surtout aujourd’hui les îliens sont habitués à attendre le bateau ravitailleur qui apporte fruits et légumes en direct des chambres froides d’Afrique du Sud une fois par mois. Cela ne les incitent plus guère à cultiver leur terre. Pour le voilier de passage comme nous, trouver du frais est donc difficile surtout si l’on arrive entre deux rotations du RMS Ste Helena.

Cela dit les autochtones ont quelques fruits et légumes dans leur jardin pour leur consommation personnelle. J’ai également rencontré Jason sur le sentier du mont Diana qui ramassait du tarot avec son coupe-coupe. On aperçoit aussi des bananiers dans les vallons.





 

Photos 18,19,20,21,22 :
Enfin Sainte Hélène c’est également un peu de notre Histoire de France, avec la captivité à la fin de sa vie de Napoléon et sa mort sur l’île en 1821. Je ne suis pas une grande admiratrice de cet empereur mégalo, au génie stratégique cependant attesté, mais notre passage à Ste Hélène nous aura permis de revoir ( ou tout simplement d’apprendre) nos classiques en histoire. Et de visu, les choses s’expliquent et s’inscrivent toujours plus durablement. Marin et Adélie ont à présent de bonnes connaissance sur Napoléon 1er. Certes avoir vu ses jardins, son lit de mort, sa baignoire, une mèche de cheveu et sa tombe sont de petits détails de l’histoire mais qui permettent aussi de mieux saisir et retenir l’Histoire avec un grand H




Billet N°153 – Sainte-Hélène, une île forteresse perdue dans l’Atlantique Sud…

Billet N°153 – Sainte-Hélène, une  île forteresse perdue dans  l’Atlantique Sud…
Par Olivier

 Ce pays est mortel. Partout où les fleurs sont étiolées, l’homme ne peut pas vivre. Ce calcul n’a point échappé aux élèves de Pitt( William Pitt, Premier Ministre britannique, ennemi farouche de la Révolution Française, qui, revenu au pouvoir, réorganisa la flotte anglaise qui défit la marine de Napoléon à Trafalgar en 1805). Transformer l’air en un instrument de meurtre, cette idée n’était pas venue au plus farouche de nos proconsuls. Elle ne pouvait germer que sur les bords de la Tamise. »   Signé : Napoléon Bonaparte.



Le commissaire russe Balmain, arrivant à Sainte-Hélène en Juin 1816, écrira quelques jours plus tard : « C’est l’endroit du monde le plus triste, le plus inabordable, le plus facile à défendre, le plus difficile à attaquer,  le plus cher, et surtout le plus propre à l’usage qu’on en doit faire. »



Voilà le décor, et l’ambiance posés. L’isolation géographique prononcée de Sainte-Hélène en a fait un endroit idéal pour éloigner et emprisonner des personnes jugées dangereuses pour les intérêts de la Couronne britannique. Ces prisonniers, dont Napoléon Bonaparte fût de loin le plus célèbre, ont toujours contribué à la prospérité (temporaire en l’occurrence) de l’île, en accroissant sa population et en augmentant son industrie.



L’équipage de Jangada vous emmène aujourd’hui là, où, selon une grande probabilité (que vous tenterez de contrarier, je l’espère sincèrement), vous n’irez jamais.



Cependant, pas de doute, lorsqu’on arrive par la mer à Sainte-Hélène (et depuis des siècles et pour seulement 3 ans encore, on ne peut y arriver que par la mer ; après l’ouverture de l’aéroport, prévue en 2015, rien ne sera plus comme avant à Sainte-Hélène…), on a d’abord l’impression que cette île haute et sombre vous rejette à la mer. Ces falaises verticales ocres ou noires, menaçantes et ourlées de nuages, au pied desquelles se brisent violemment les vagues poussées par l’alizé de sud-est, et qui tombent de plusieurs centaines de mètres dans l’océan, sont particulièrement inhospitalières. Inutile de chercher une plage de sable blanc à Sainte-Hélène.

Mais cette première impression de rudesse, que le temps adoucit peu à peu, sauf au cœur des exilés, se modifie lorsqu’on se hisse sur les hauteurs, à l’intérieur de l’île. Certes, on chercherait en vain, sauf peut-être du côté de Longwood, quelque terrain plat. Il n’y en a guère, la spécialité de l’île, c’est plutôt la pente ! Pour ne rien arranger, les accès à la mer sont très peu nombreux, et restent difficiles, y compris à Jamestown, simple petite rade sans port ni quai, ouverte aux rafales rageuses et au ressac éternel.

Mais la vérité est ailleurs : Sainte-Hélène gagne à être mieux connue, au fil des jours d’une escale. Elle ne livre pas d’emblée ses charmes au marin qui tente de débarquer sur les marches taillées dans le roc battu par les vagues, au nord de la minuscule baie de Jamestown, une entreprise encore risquée aujourd’hui. A partir du rivage rocheux au niveau de la mer, et à l’exception des rares vallons abrupts et encaissés qui entaillent la côte, il n’existe qu’une maigre végétation désertique jusqu’à 500 mètres d’altitude, puis progressivement et rapidement le sol se couvre de pâturages verdoyants qui laissent eux-mêmes la place dans les hauts de l’île à une végétation luxuriante de type semi-tropical. Diana’s Peak, le sommet de ce grand navire à l’ancre au milieu de nulle part, culmine à 820 mètres d’altitude, le plus souvent dans les nuages retenus par le relief. Sainte-Hélène est une île volcanique austère de 17 km par 10 (en gros, la superficie de Jersey), isolée par 16° de latitude sud environ à près de 2000 km de l’Angola et 3000 km du Brésil. Cape Town, en Afrique du Sud, la base arrière du navire ravitailleur de l’île, le RMS Saint-Helena ( www.rms-st-helena.com ), est à 3100 km dans le sud-est. C’est un territoire britannique d’outre-mer (British Overseas Territory), dont font également partie les îles de l’Ascension (au nord-ouest, à 703 milles/1301 km) et de Tristan da Cunha (au sud-ouest, à 1200 milles/2222 km). Un gouverneur nommé par la Couronne britannique représente la lointaine Angleterre. L’île compte environ 4000 habitants d’un sang souvent extraordinairement mêlé (à l’exception des purs anglais envoyés par le gouvernement de Sa Majesté), dont 850 vivent dans la capitale, le petit bourg de Jamestown, établi au creux de son vallon encaissé débouchant au nord-ouest de l’île. Mais l’un des éléments les plus attractifs de Sainte-Hélène, ce sont les Saintais (Saints, pour St Helenians) eux-mêmes : accueillants, sympathiques, ils ont su conserver, malgré les vicissitudes de l’histoire qui ne les a pas épargnés, une hospitalité et une générosité naturelles  teintées d’humour et de joie de vivre qui ne peuvent que séduire le marin de passage.

Pas de doute, Sainte-Hélène, ce fut une bonne surprise pour l’équipage de Jangada, dont l’escale, prévue initialement de quelques jours, dura finalement de 2 semaines. Et nous avons levé l’ancre avec regret…



Sans doute trop inculte, j’aime l’histoire simple des îles, peut-être parce que, plus qu’ailleurs, je peux la lire presque à chaque pas, à chaque regard, dans une unité de lieu qui m’est immédiatement accessible.

L’île fut découverte le 21 Mai 1502 par les marins portugais de l’escadre du navigateur  Joao da Nova, elle était alors inhabitée. Le rusé galicien fit jurer à ses marins (mais cette promesse était surtout étayée par la non communication de la position géographique de l’île, seulement détenue par quelques officiers) de ne rien révéler de cette découverte, conformément aux termes d’une bulle papale émise 8 années plus tôt par Alexandre VI, octroyant au roi du Portugal le droit de ne pas divulguer les ports d’escale ou de refuge dont ses navires pouvaient bénéficier sur la route des Indes. Mais en bon Capitaine, Joao da Nova savait qu’il n’y a rien de plus bavard qu’un marin saoul au fond d’une taverne portuaire. A son retour, il indiqua qu’il avait découvert deux îles, et les plaça à des positions géographiques imaginaires. C’est ainsi que l’existence de l’île de Sainte-Hélène resta des années durant secrète, pour le seul bénéfice du royaume du Portugal.



Le premier Saintais fut un autre portugais, dont l’histoire est originale. Il y vécut, et, finalement, y mourut heureux. C’était un prisonnier, ce qui doit sans doute se lire comme un signe précurseur d’une certaine vocation de cette île-forteresse. Fernao (ou Fernando) Lopez était un officier portugais, d’origine aristocratique, de l’Armée des Indes en poste à Goa (enclave portugaise), placé sous les ordres du vice-roi Affonso de Albuquerque. Albuquerque avait instauré aux Indes un régime de terreur, principalement dirigé contre la population musulmane de Goa. Lopez, qui était d’un esprit plus libéral (il est parfois considéré comme le premier combattant de la tolérance religieuse et raciale, et des droits de l’homme), désapprouvait les méthodes cruelles du vice-roi. Lequel faisait facilement couper les extrémités du corps humain. Lopez avait profité d’une campagne militaire de ce dernier pour abjurer la religion catholique et avait entraîné avec lui dans cette rébellion plusieurs de ses compatriotes, qu’il avait convaincus de se rallier à un despote local musulman, Hidal Khan. C’était en l’an 1512. Le vice-roi, à son retour, pût rétablir l’ordre dans la colonie, mais son châtiment  devait être terrible et exemplaire. Il obtînt du leader musulman la restitution des soldats portugais rebelles, sous la condition qu’on leur laissât la vie sauve…Les traîtres à la cause catholique et à la fidélité au roi du Portugal furent amenés en place publique, montés sur une estrade, attachés à des poteaux, entièrement dévêtus, puis épilés, avant d’être recouverts d’excréments. Le lendemain,  sur les ordres d’Albuquerque, au même endroit, on leur coupa les oreilles et le nez. Et le troisième jour, la main droite et le pouce de la main gauche. Albuquerque permit alors qu’on les libère, mais la plupart moururent. Albuquerque lui-même, Dieu ait son âme, mourut 3 ans plus tard, et Fernao Lopez, affreusement mutilé, choisit de rentrer au Portugal pour y retrouver sa famille. Mais, au fur et à mesure que le navire du retour se rapprochait du Portugal, Lopez redoutait de plus en plus l’accueil que lui réserverait son roi, mais aussi les siens, compte tenu de la déchéance physique à laquelle ses idées l’avaient conduit. Il supplia le capitaine du navire de le débarquer à Sainte-Hélène, lors de l’escale que celui-ci avait décidé d’y faire. A bord, le commandant portugais s’était pris de compassion pour cet homme intelligent que la souffrance avait mûri, et il décida d’accepter. (Selon les versions historiques, Lopez se serait peut-être enfui dans les hauteurs de l’île, mais finalement avec la bénédiction tacite du capitaine…) Il octroya même à Lopez  quatre esclaves noirs, qui débarquèrent avec lui, avec quelques outils et provisions (un baril de biscuits, de la viande et du poisson séchés, du sel, de quoi faire du feu et quelques vieux vêtements), et quelques plants. Lopez, ingénieux et débrouillard, installa la petite colonie dans des huttes de branchages, défricha une parcelle de terrain et y planta arbres fruitiers et légumes.

Nous étions en 1513 : les premiers colons de Sainte-Hélène avaient pris pied sur l’île.



Un an plus tard, un navire portugais fît escale dans la baie, mais Lopez, dont la présence sur l’île était désormais connue au Portugal, préféra se réfugier dans les montagnes, soucieux de se tenir loin du monde. Les esclaves en profitèrent pour embarquer, et le laissèrent à sa solitude insulaire.

Mais Lopez s’était bien adapté à son exil volontaire, et s’il continuait à se cacher chaque fois qu’un navire jetait l’ancre dans la petite baie, il laissait toujours à portée des marins des légumes et des fruits frais, et de l’eau en abondance. Il devint en quelques années un talisman pour les navires escalant à Sainte-Hélène. Les capitaines lui laissèrent, avec des provisions et des outils en provenance du pays, des lettres le remerciant et l’encourageant à se montrer, lui signifiant qu’il serait bien accueilli sans qu’il ne lui soit fait aucun mal. Un jour, un coq lui fût donné, qui devint son alter-ego, le suivant où qu’il aille, répondant à son appel, dormant à ses côtés et partageant chaque instant de sa vie. Le roi Jean III du Portugal eût vent des bienfaits  que ses capitaines retiraient de leur passage à Sainte-Hélène, du fait de la présence de Lopez sur l’île. Car l’exilé s’était enhardi, il pêchait maintenant dans la baie, ne savait plus quoi faire des chèvres débarquées par les navires, qui s’étaient multipliées, et il cultivait à présent une incroyable variété de fruits et de légumes, d’herbes aromatiques et médicinales. Mais chaque fois que la silhouette d’un navire apparaissait à l’horizon, Lopez continuait de partir dans la montagne, et les marins ne l’apercevaient jamais. Pourtant, l’éventualité d’un  retour au pays hantait de plus en plus souvent les pensées de l’homme de Sainte-Hélène. Quelques temps plus tard, un esclave originaire de Java s’échappa d’un navire et rejoint Lopez. Leurs relations furent difficiles, et l’on dit qu’elles auraient pu inspirer le roman de Daniel Defoe relatif à la vie de Robinson Crusoe et de Vendredi, davantage que la version plus connue basée sur l’histoire d’ Alexander Selkirk  débarqué sur l’une des îles de l’archipel Juan Fernandez, dans le Pacifique…Allez savoir ! Un jour, le roi lui fît déposer par l’un de ses capitaines, Pedro Gomez Texeira, divers présents et  une lettre signée de sa main lui enjoignant de regagner le Portugal, où il ne lui serait fait aucun mal, et où entier pardon lui serait octroyé. L’esclave javanais rembarqua sur ce navire, et Lopez se retrouva à nouveau seul sur son île.

Mais, revenu aux principes du catholicisme, il était tourmenté et souhaitait secrètement obtenir le pardon du roi et l’absolution papale. Il se décida à embarquer sur un navire marchand qui faisait voile vers le nord et débarqua un jour à Lisbonne. Le bruit et l’agitation du port lui furent aussitôt insupportables, lui qui vivait depuis des années avec les seuls murmures de son existence insulaire. Il se cacha dans la demeure du capitaine, puis fût reçu plusieurs fois en audience par le roi et son épouse, qui lui accordèrent une grande bienveillance, et leur pardon. Ses tourments s’apaisant, il se rendît à Rome pour y confesser ses erreurs et ses transgressions, et son double crime d’apostat et de prise d’armes contre la religion catholique. Il reçut l’absolution papale, et le Saint Père lui proposa une place dans un monastère. Lopez refusa tout net, comme il avait refusé la proposition royale de terminer sa vie au Portugal. Le Pape lui demanda alors ce qu’il désirait le plus. Lopez lui répondit qu’il souhaitait retourner le plus vite possible à Sainte-Hélène, pour y finir ses jours dans la pénitence et la prière.

Lopez reprit la mer et retrouva son île où il rendit le dernier soupir en 1545 ou 1546, au terme de plus de 30 années d’ermitage dans ce qu’il considérait être … son paradis.

L’histoire de Fernao Lopez est intéressante parce qu’elle symbolise la situation des habitants de Sainte-Hélène depuis des siècles : une attirance permanente vers le monde extérieur contrebalancée par un attachement profond à la beauté intérieure et à la singularité de leur île…



Sainte-Hélène est le sommet d’un énorme volcan de près de 5000 mètres de hauteur, vieux de 14 millions d’année, dont la base repose sur le socle sous-marin à près de 4000 mètres de profondeur, non loin de la dorsale medio-atlantique, à l’activité volcanique et tectonique particulièrement soutenue. Sa particularité est que sa partie émergée est entourée par un mini-plateau continental profond de 200 mètres en moyenne, qui s’étend de 2 à 6 milles au large, tout autour de l’île. Un autre volcan sous-marin imposant, le Bonaparte Seamount, a tenté d’émerger à quelques 130 km à l’ouest de Sainte-Hélène ; mais il s’est arrêté à 105 mètres de la surface. Sainte-Hélène a ainsi failli avoir une île sœur. C’est une façon de présenter les choses, mais il y en a une autre, plus proche de la vérité géologique et climatique. Depuis la fin de la dernière ère glaciaire, le niveau de la mer est monté de 120 à 130 mètres. Il y a 20 000 ans, Sainte-Hélène était beaucoup plus grande qu’aujourd’hui, et le Bonaparte Seamount était une île, bien avant que l’Empereur expire dans la maison de Longwood…

Depuis la fin de l’activité volcanique sur l’île, il y a environ 7 millions d’année, l’érosion est à l’œuvre à Sainte-Hélène. Elle a, au fil du temps, radicalement changé la physionomie de l’île. La mer, dont le niveau a sensiblement changé, a taillé ces énormes falaises abruptes et sombres, faisant basculer dans l’océan des pans entiers de roches représentant des centaines de milliers de tonnes. Les vents et les pluies ont raviné quelques rares et profondes vallées qui sont parvenues jusqu’à la mer. Des roches différentes se sont érodées différemment, donnant naissance au paysage tourmenté de l’île d’aujourd’hui.

Pendant plus de 360 ans, la situation géographique de Sainte-Hélène a permis à des milliers de navires à voiles (plus d’un millier par an dans les années les plus actives de la Compagnie anglaise des Indes Orientales) d’effectuer une escale salutaire et de poursuivre leurs voyages dans de bonnes conditions sanitaires. La disponibilité de l’eau douce, de fruits et de légumes abondants (bien davantage qu’aujourd’hui…), d’animaux semi-sauvages (chèvres, porcs, moutons, vaches…) et de volaille fournissant de la viande de qualité, ainsi que de nombreux poissons (thons, wahoos, marlins, sailfishes) a longtemps assuré la relative prospérité de Sainte-Hélène, qui ne connaît pas l’ostentation cependant. Mais les forêts, en particulier d’ébène et d’acajou, ont également été surexploitées par les navires de passage, qui ont par ailleurs beaucoup dégradé l’environnement écologique de l’île, amenant avec eux chèvres, rats, merles des Moluques, et termites qui se multiplièrent par milliers, venant à bout de la majorité des espèces endémiques de l’île.

L’occupation laxiste des portugais fut concurrencée à partir du XVII ème siècle, d’abord par les Hollandais de la VOC, puis par les Anglais. Il était fréquent que des incidents hostiles interviennent entre les Portugais, les Hollandais et les Anglais (et les Français, mais pas à Sainte-Hélène), qui, dans cet ordre chronologique, allaient emporter la suprématie du commerce sur l’Asie au cours des siècles. Les choses se gâtèrent en 1625, lorsque sur rade de Sainte-Hélène, les Hollandais, qui utilisaient l’île pour se ravitailler depuis 1561, coulèrent un navire portugais à l’ancre.  Ces derniers débarquèrent alors des canons et commencèrent à bâtir les premières fortifications de Sainte-Hélène. En 1633, les Hollandais clamèrent leur souveraineté sur Sainte-Hélène, mais ils étaient avant tout des marchands, et non des colonisateurs, et ils ne développèrent jamais sur l’île une véritable colonie, seulement un comptoir destiné à ravitailler leurs navires, ce qui laissât le champ libre aux Anglais. La VOC attachait à juste titre plus d’importance à sa colonie du Cap, et se montrait désormais agressive envers les navires anglais qui pointaient leurs étraves de plus en plus fréquemment en Orient. La East India Company (Compagnie anglaise des Indes Orientales) avait de l’ambition et, après s’être vue octroyer par la Couronne l’île de Sainte-Hélène en 1657 pour y développer ses activités commerciales, elle dépêcha deux navires, le Marmaduke et le London, avec à bord des colons, hommes et femmes, et un détachement militaire, commandés par le Captain John Dutton. Les premiers colons britanniques débarquèrent le 5 Mai 1659 dans la vallée de la Chapelle, érigée de longue date par les Portugais, qu’ils s’empressèrent de rebaptiser James Valley, en l’honneur du roi James II. Le petit village qu’ils construisirent fut appelé Jamestown. Dutton avait reçu l’ordre de faire escale sur l’île de Santiago au Cap Vert, avant de toucher Sainte-Hélène, pour y prendre quelques esclaves. Par la suite, les capitaines britanniques qui rentraient d’Orient reçurent l’ordre de ramener à Sainte-Hélène des esclaves malais et chinois : l’incroyable mélange des sangs était dès lors à l’œuvre à Sainte-Hélène. Mais le peuplement de l’île fut long à s’établir. En 1661, on ne comptait qu’une trentaine de personnes à Sainte-Hélène. En 1663, 26 colons et esclaves supplémentaires arrivèrent sur le Constantinople. Et, à la suite de l’incendie de Londres en 1667, 30 britanniques s’exilèrent sur l’île. En 1670, on dénombrait à Sainte-Hélène 48 blancs et 18 esclaves. Si les premiers esclaves étaient originaires d’Afrique de l’Ouest, d’autres furent amenés par les navires depuis Madagascar, l’Indonésie, le sub-continent indien et l’Asie. Des natifs des îles Maldives, trouvés à la dérive dans l’Océan Indien par un navire de l’East India Company, furent débarqués à Sainte-Hélène en 1735. Plus tard, en 1795, un navire hollandais fut capturé et 300 prisonniers principalement hollandais mais aussi danois, norvégiens, suédois et malais furent débarqués à Jamestown… A la fin de l’année 1815, peu après l’arrivée de Napoléon à Sainte-Hélène, le premier recensement ordonné par l’amiral Cockburn dénombra environ 3000 blancs (dont plus de 2500 soldats et marins britanniques fraîchement arrivés et dévolus à la garde de Napoléon), 1200 esclaves noirs et 400 Indiens, Malais et Chinois.



Il était écrit que Sainte-Hélène, située à la croisée des routes maritimes pendant plus de 3 siècles, allait être peuplée d’un incroyable melting-pot humain, qui se lit encore aujourd’hui à chaque pas que l’on fait dans Main Street, la rue principale de Jamestown.



Mais le pavillon britannique flotte sur la plupart des monuments de la petite bourgade, y compris la Jaguar noire du gouverneur Capes. Le portrait de la QE2 est souvent accroché dans les petits commerces, même si le gouvernement de Sa Grâcieuse Majesté a refusé pendant très longtemps, jusqu’à ces dernières années, le statut de citoyen britannique à part entière aux Saint-Helenians, qui étaient jugés suffisamment britanniques pour envoyer des troupes combattre dans l’armée anglaise mais pas suffisamment britanniques pour jouir de la pleine citoyenneté, ce dont ils furent longtemps meurtris. Dans Main Street, ou dans Napoleon Street, les deux seules rues de Jamestown, on voit circuler le van rouge du Royal Mail. La plupart des voitures sont des Land-Rover, des Austin, et les camions Bedford sont encore au travail. On voit aussi quelques Peugeot (dont la 206 cabriolet du très sympathique consul honoraire de France,  Michel Martineau, entre autres chauffeur attitré d’Adélie), venues de Cape Town, comme pratiquement tout ce que l’on voit à Sainte-Hélène. Mais depuis peu, signe des temps qui changent, les Toyota Hilux bleus et blancs de la société sud-africaine Basil Read, qui a décroché le faramineux contrat de construction de l’aéroport de Sainte-Hélène, ont tendance à envahir les petites routes, souvent à voie unique, de l’île, sur lesquelles la règle intangible de priorité veut que le véhicule qui descende laisse le passage (parfois à des centaines de mètres de distance) à celui qui monte. Aucun croisement, jusqu’à maintenant, ne se faisait sur les petites routes de l’île sans qu’on se salue, car ici, tout le monde se connaît. Même le visiteur de passage a droit à cet égard.

Cela ne va peut-être pas durer, car la mise en service de l’aéroport va radicalement changer Sainte-Hélène, et la vie qui, aujourd’hui, va avec. Les lieux ont pour nom Mount Pleasant, Lemon Grove, Devil’s Garden, Gates of Chaos, Lot’s Wife,  Half Tree Hollow, Alarm Forest, Blue Hill, Longwood, ou encore Halley’s Mount, du nom du célèbre astronome Edmund Halley qui, en 1676, à peine âgé de 20 ans, fixa sur la sphère céleste la position de 341 étoiles visibles dans l’hémisphère sud, ce qui lui valut son admission à la Royal Society de Londres. Depuis 1792, les gouverneurs britanniques de Sainte-Hélène et leurs familles habitent Plantation House, une vaste demeure de style géorgien de 35 pièces  établie dans un cadre verdoyant à l’intérieur de l’île, que nous avons pu visiter, y compris la pièce du premier étage réputée hantée, et où, de ce fait, personne ne dort plus depuis des lustres. Le gouverneur recevait ce jour-là à déjeuner, et la belle table georgian vintage était dressée, avec des plats d’argent et des verres en cristal légués par la vénérable East India Company. Sous les fenêtres de cette demeure so british évolue (lentement) le plus ancien résident de Sainte-Hélène : Jonathan, une tortue ramenée des Seychelles par un navire, âgée de 178 ans.

Me proposant d’évoquer dans le billet suivant l’époque de l’exil napoléonien (1815-1821) à Sainte-Hélène, qui fut à l’origine de la période la plus prospère de l’île, et aussi de sa célébrité dans le monde entier, nous voici à la fin de l’ére de l’East India Company (1659-1833).

Le commerce avec l’Orient avait perdu, au début du XIXème siècle, beaucoup de son importance et l’East India Company n’avait plus les moyens d’assurer, là comme ailleurs, la souveraineté britannique. En 1833, le Parlement britannique prit un décret qui prévoyait le passage de Sainte-Hélène sous gouvernement de la Couronne l’année suivante. Les activités de l’East India Company cessèrent complètement, et le déclin économique de Sainte-Hélène fut encore accéléré par la suite par l’arrivée de la propulsion à vapeur sur les navires, et par le développement des premiers systèmes de réfrigération embarqués, qui enlevèrent rapidement de l’intérêt à l’escale de Sainte-Hélène. En 1840, un navire chargé d’esclaves venus du Brésil fut remorqué en rade de Jamestown. Il était en très mauvais état et fut démantelé sur place, le bois de ses membrures et de ses ponts ayant été utilisé comme bois de construction dans l’île. Malheureusement ce bois était infesté de termites, qui depuis, se sont répandues dans l’île, créant un fléau qui perdure encore de nos jours. Mais le coup de grâce économique fût donné à Sainte-Hélène en 1869 avec l’ouverture du Canal de Suez, qui raccourcit sensiblement la route vers l’Orient.

L’histoire est ironique. Pendant plus de 3 siècles, les navires ont été dépendants de Sainte-Hélène pour pouvoir poursuivre leurs voyages maritimes ; puis les temps ont changé et c’est Sainte-Hélène qui est ensuite devenue dépendante des navires. Plus encore, depuis quelques décennies (1978 en ce qui concerne le navire actuel) l’île n’est reliée au reste du monde que par un seul navire, le cargo mixte RMS St Helena, le dernier courrier ravitailleur britannique (RMS pour Royal Mail Ship), le dernier représentant des liners de la vieille et respectable Union Castle.



De 1890 à 1897, les Anglais combattaient en Afrique du Sud pour tenter de s’imposer dans la colonie de l’Afrique australe. Le chef zulu Dinizulu, qui s’opposait à la présence anglaise (sur ses terres), fût condamné à 10 ans de détention et envoyé à Sainte-Hélène avec 2 de ses oncles, leurs familles et leurs serviteurs. Ils furent retenus dans une maison qui existe toujours dans les hauts du petit vallon de Jamestown.

De 1900 à 1902, près de 6000 prisonniers boers d’Afrique du Sud furent envoyés à Sainte-Hélène, pour s’être opposés eux aussi à la colonisation anglaise. Ils furent d’abord logés sous des tentes, puis dans des cabanes, mais la plupart avaient le droit de se déplacer dans l’île, et de travailler chez les insulaires. Au moindre incident, ils étaient enfermés dans le fort militaire de High Knoll, qui domine toujours la vallée de Jamestown. Les prisonniers de la Guerre des Boers contribuèrent eux aussi à la prospérité de Sainte-Hélène à cette époque. La population de l’île avait alors plus que doublé, on y comptait 10 000 habitants ! Pendant leur période de détention, une centaine d’entre eux trouvèrent cependant la mort à Sainte-Hélène, principalement victimes de la typhoïde, et l’on visite aujourd’hui le petit cimetière qui leur fût dédié sur une pente escarpée et verdoyante du centre de l’île.

En 1907, 25 rebelles zulus furent encore incarcérés à Sainte-Hélène pendant 2 ans.

L’île prison hébergea aussi, de 1917 à 1921, le sultan de Zanzibar (et sa suite), récalcitrant à la domination britannique.

A partir de 1922, les St Helenians commencèrent à émigrer vers l’île de l’Ascension, dont la position stratégique commençait à intéresser les Anglais et les Américains après la Première Guerre Mondiale, et où ils trouvaient un travail mieux rémunéré que sur leur île natale. 75 d’entre eux partirent cette année-là. Ce fut le début d’un mouvement migratoire qui ne s’est jamais démenti depuis, qui voit plus d’un millier de Saints travailler sur l’île de l’Ascension et aux Falklands encore aujourd’hui, provoquant au sein des familles restées à Sainte-Hélène un déséquilibre humain et social qui marque la vie des insulaires.



Son isolement du reste du monde a fait de Sainte-Hélène l’endroit le plus sûr de la Terre.

La rubrique policière des 2 gazettes locales, le St Helena Herald et le St Helena Independent, ne parlent que de quelques rayures de carrosserie faites par des enfants, pour lesquelles des enquêtes sont en cours…

Le principal élément de l’économie de l’île, la production du flax, s’est effondré en 1966, quand une directive centrale du British Post Office, qui devait probablement ignorer l’existence  de cette île lointaine (pourtant célèbre pour son activité philatélique, allez comprendre…) décréta que les ficelles de flax, une fibre végétale naturelle extraite d’une plante qui pousse en abondance sur les hauteurs humides de l’île, devait être remplacé par de la cordelette en nylon synthétique… Sainte-Hélène était le principal fournisseur de ficelle des postes britanniques, et cette activité traditionnelle disparut en quelques mois. C’est bien connu, il faut toujours se méfier des administrations trop centrales… Aujourd’hui, la réelle pauvreté n’existe pas à Sainte-Hélène où tout le monde mange à sa faim, mais la vie y est chère et peu de personnes y sont riches. L’ouverture de l’aéroport va certainement changer la donne, en faisant exploser le prix du foncier, et en permettant les investissements, et avec eux l’arrivée de riches sud-africains et de quelques fortunes britanniques et nord-américaines en quête d’exotisme accessible autrement qu’en une semaine de mer depuis Cape Town.

Le tourisme va se développer, passant d’un millier de visiteurs par an (hors paquebots, plutôt rares, et qui ne restent qu’une journée sur rade) à quelques 200 par semaine à compter de 2015 ! Juste 10 fois plus ! Et à terme 30 000 par an… Dépêchez-vous d’aller à Sainte-Hélène…

La pêche au thon (principalement, au marlin et wahoo de façon secondaire) est une activité lucrative qui a justifié l’implantation à Rupert’s Bay d’un entrepôt frigorifique qui traite et stocke le poisson en attendant l’arrivée du RMS St Helena. Sainte-Hélène produit son propre café, un arabica, entièrement bio (The Island of St Helena Coffee Company n’utilise que de l’eau de source provenant des montagnes et du guano comme engrais naturel), et excellent, mais le plus cher du monde : 100 US$ le kilo en grains ! Enfin, la vente de timbres est une activité récurrente, mais dont j’ignore … le chiffre d’affaires !

Ce qui est dommage et toujours choquant pour le visiteur, à Sainte-Hélène comme dans la plupart des îles sub-tropicales et tropicales, c’est que le mode de vie actuel, les circuits modernes de l’économie mondiale, et la fréquente ineptie de la gestion gouvernementale centralisée de ce qu’il reste des poussières des empires font que les insulaires préfèrent attendre la prochaine rotation du navire ravitailleur pour se pourvoir au prix fort de fruits et légumes venus d’Afrique du Sud plutôt que de cultiver eux-mêmes, à quelques centaines de mètres de chez eux, là où Fernao Lopez avait prouvé que tout pouvait pousser, ce dont ils ont besoin pour vivre…



Mais avec la décision, longtemps controversée, longtemps ajournée, de construire un aéroport international sur Sainte-Hélène, c’est toute la vie des Saints qui va basculer. Un changement irréversible qui va profondément modifier la physionomie de l’île dans les années à venir. Il avait d’abord été envisagé de relier Sainte-Hélène avec l’Ascension  une ou deux fois par semaine avec des avions de 20 places. Car l’île de l’Ascension dispose d’une très longue piste à usage militaire, et des vols réguliers de la RAF (Royal Air Force) relient l’Ascension à la base militaire de Brize Norton en Grande-Bretagne. Mais ce projet, pas suffisamment ambitieux, ne répondait pas aux critères de l’autonomie économique recherchée par le gouvernement. C’est la deuxième option, celle de l’aéroport international qui a été choisie.

L’aéroport, c’est la grande affaire de Sainte-Hélène aujourd’hui !

S’il n’y en a pas eu jusqu’à maintenant, c’est tout simplement que le terrain plat n’est pas la spécialité de Sainte-Hélène. Je me suis laissé dire que l’exploitation déficitaire des 26 rotations annuelles du RMS St Helena coûtait au bas mot 20 millions de livres (25 millions d’euros) par an de subventions au gouvernement britannique… Sans compter la perspective de devoir bientôt remplacer ce vieux navire… Alors, le gouvernement britannique a décidé de sortir une dernière fois son chéquier, en échange de l’autonomie économique de l’île qui doit impérativement suivre. Pour une fois, le gouverneur a du pain sur la planche…Les spécialistes envoyés par la Couronne ont fini par imaginer qu’on pouvait construire une piste, à peu près face au vent, dans Prosperous Bay Plain, un plateau de roches désolé situé dans le nord-est de l’île, sur les hauteurs, coupé de profondes ravines qu’il faudra boucher. En 2006, des avions (qui ne pouvaient évidemment pas se poser) aux commandes desquels on avait placé les meilleurs pilotes d’essais britanniques, étaient venus faire des séries d’atterrissage et de décollage simulés, qui avaient permis de valider l’idée et de tracer l’emplacement idéal de la piste. Le 3 Novembre 2011, le parlement britannique a voté la décision de construction de l’aéroport de Sainte-Hélène, dont le contrat a été confié à la société sud-africaine Basil Read. Ouverture Décembre 2015.

Un joli contrat de 201,5 millions de livres pour la conception et la construction de l’aéroport, assorti d’un montant additionnel de 10 millions de livres pour le partage des risques, et d’un dernier volet de 35,1 millions de livres pour les 10 premières années d’exploitation.  La piste est prévue pour accueillir deux types d’avion : les Boeing 737-700 et les Airbus A 319. L’île de Sainte-Hélène sera reliée une fois par semaine au continent nord-américain via les Bermudes, et deux fois par semaine à l’Afrique du Sud et à l’Europe via Windhoek (Namibie). La construction de l’aéroport est accompagnée de celle d’un luxueux hôtel 5 étoiles et d’un golf de 18 trous aux standards internationaux…

Le plus grand changement que l’île perdue au milieu de l’océan aura eu à connaître depuis sa découverte au soir du 21 Mai 1502 par les vigies de l’escadre de Joao da Nova…



Il y aurait une dizaine de milliers de Saints vivant à l’étranger, dont la grande majorité ne rentre jamais du fait de la longueur et du coût du voyage retour. Au-delà, nul doute que l’ouverture de l’aéroport va entraîner le développement économique et la création d’emplois dans l’hôtellerie, le transport, les infrastructures, les services, le commerce et les loisirs. Si vous voulez faire du business à Sainte-Hélène, c’est le moment !

Si l’aventure overseas vous tente, vous êtes les bienvenus auprès de la St Helena Development Agency ( www.shda.co.sh )

Dans la population de Sainte-Hélène, il se dit que la moitié est favorable à l’aéroport (les jeunes essentiellement, obligés de quitter l’île pour trouver du travail), et les affairistes. Les vieux sont plutôt contre, redoutant d’y perdre l’inégalable quiétude de leur caillou au milieu de l’océan, leur mode de vie, leur âme, et de voir débarquer le tourisme de masse et ses affres, la drogue et le sida, dont l’île est aujourd’hui quasiment préservée.



Moi, je suis simplement heureux d’avoir visité Sainte-Hélène avant que le premier avion ne s’y pose.



Il y en a un à qui il conviendrait de demander son avis, or les Anglais, ingrats, c’est sûr, ne l’ont certainement pas fait : c’est Napoléon.

Il a déjà assuré la notoriété de l’île chez les écoliers du monde entier, et nul doute que ses habitations de Briars et de Longwood vont avoir plus de visites que jamais !

Construire un aéroport, voilà qui aurait plu à notre empereur, qui, pour fuir l’ennui, s’était mis à jardiner à Longwood…



Petit guide commenté de Jamestown, seul village de Sainte-Hélène…



  • La petite rade de Jamestown, située dans le nord-ouest de l’île (sous le vent des alizés de SE) est ouverte du sud au nord par l’ouest ; le mouillage est donc relativement agité, les catamarans y bougent moins que les monocoques, parfois pris de crise de roulis aigu. On mouille par 18 mètres de fond environ, 70 à 80 mètres de chaîne. Nous y avons nettoyé nos carènes en plongée avec Marin. Les requins qu’on y rencontre principalement sont les requins-baleines, qui fréquentent les eaux de Sainte-Hélène entre Janvier et Juin. Pendant nos travaux sous-marins, un couple impressionnant de wahoos n’a cessé de cercler autour de nous, parfois à moins de 3 mètres.
  • Le débarquement à terre aux  wharf steps est sportif, parfois même dangereux, surtout en annexe. Le ressac y est sensible, et parfois terrible. Un service de ferry est assuré à l’heure ronde par une barque motorisée (1 £ par jour et par personne), qu’on appelle sur VHF 16.

La manœuvre y est plus sécurisée, et cela évite d’avoir à laisser l’annexe amarrée au quai et mouillée sur un grappin à l’arrière, une option que nous avons beaucoup utilisée mais qui n’est pas complètement sans risque.

  • Le visiteur (de plus de 12 ans) qui arrive à Sainte-Hélène doit s’acquitter d’une landing fee (taxe de débarquement) de 12£ jusqu’à 4 jours de séjour, de 14 £ jusqu’à 10 jours, et de 16 £ jusqu’à 21 jours, etc… Le yacht de passage se voit appliquer une taxe portuaire de 27 £ valable pour un  mois. Mais ces taxes sont perçues avec une extrême gentillesse…
  • Pas de débarquement sur l’île sans avoir apporté la preuve préalable de sa couverture personnelle (et celle de ses enfants) en terme de maladie, d’accident, et de rapatriement, par une assurance médicale adaptée. Bon, en ce qui nous concerne, nous avons montré nos cartes Vitale obsolètes, et ça l’a fait… Car nous n’avons aucune assurance de ce genre !

  • Le RMS Saint Helena lui-même mouille sur rade, et les opérations commerciales du navire se font à l’aide de barges motorisées pour le fret et de vedettes à moteur pour les passagers. Pas de port, pas de quai, même les barges ne peuvent accoster. Les deux grues mobiles du port allongent leurs flèches pour soulever les conteneurs et autres colis.  En moyenne, le cargo mixte effectue 26 escales par an à Sainte Hélène, avec Cape Town comme port de tête de ligne, et une rotation vers l’île de l’Ascension entre deux escales à Sainte Hélène.
  • Deux épaves gisent sur le fond devant le vallon de Jamestown. Le Papanui, victime d’un incendie ravageur en 1911, a été volontairement échoué à quelques dizaines de mètres du front de mer, dans moins de 12 mètres d’eau. Le Darkdale, un ravitailleur militaire britannique, fut coulé en 1941 par une torpille tirée d’un U-boat allemand. Les deux épaves offrent des plongées intéressantes.
  • Les paquebots de croisière font parfois escale à Sainte-Hélène. Nous y avons vu le MSC Melody, venant de Walvis Bay et remontant sur Dakar. 800 passagers dans la journée en visite à Sainte-Hélène ! Tout le monde dans l’île, et tous les moyens techniques sont alors réquisitionnés pour l’escale !
  • Quand on pénètre pour la première fois dans le petit vallon de Jamestown, on découvre que les parois abruptes qui surplombent le petit bourg ont été recouvertes de filets et de barrières métalliques empêchant les blocs rocheux de s’effondrer sur la ville. C’est une société française, CAN, qui a décroché ce joli contrat de travaux acrobatiques, terminés l’an dernier. 12 millions d’euros je crois, financés partiellement par … l’Europe !
  • L’équipage de Jangada a souvent été vu dans la piscine municipale en plein air de Jamestown, située sur le front de mer, juste avant de passer sous l’arche construite après les douves des fortifications. Construite par les Royal Engineers de Sa Grâcieuse Majesté.
  • Immédiatement à gauche après l’arche (1832), sur Grand Parade (la grand place), le Castle, qui était la résidence des gouverneurs  du temps de l’East India Company. Aujourd’hui, on y trouve les bureaux administratifs du gouverneur, ainsi que The Council Chamber.
  • Sur la droite, un incroyable escalier, Jacob’s Ladder, de seulement … 700 marches conduit de la ville basse à Half Tree Hollow, 180 mètres plus haut, là-haut sur la colline. Nous l’avons gravi, en faisant de plus en plus de pauses au fur et à mesure que nous nous approchions du sommet. La nuit, il est joliment éclairé.
  • Non loin de là, la prison de Sainte-Hélène a l’air assez sympathique. J’ai parfois dormi dans des endroits bien pires. Elle n’a abrité aucun prisonnier célèbre, que des petits malfrats. J’ai demandé à un Bobby, elle est vide.
  • En remontant Main Street, on trouve ensuite sur la gauche, juste après le poste de police et le tribunal, Castle Gardens. Nous y avons déjeuné au Anne’s Place, avec Michel Martineau le consul honoraire de France, à l’invitation de Jean-Louis Clemendot, ce « vieux marin » à la barbe blanche de 62 ans dont c’était l’anniversaire, qui termine à bord d’un yawl de 42 ans d’âge un tour du monde en solitaire mais avec 3 reins, commencé sous dialyse… Chapeau l’ami, et merci ! Dans les jardins, j’ai vu une plaque commémorative de la conférence que donna ici le premier navigateur solitaire à boucler un tour du monde à la voile, Joshua Slocum. C’était en 1898. (Je rêve toujours d’aller à Boston. Qui veut venir avec moi ?)
  • En face, Saint James Church, la plus vieille église anglicane de l’hémisphère sud. Dès la découverte de l’île en 1502, les charpentiers de marine de Joao da Nova construisirent à cet endroit une petite chapelle de bois. L’église actuelle date de 1772. Le diocèse de Sainte-Hélène (qui couvre Ascension et Tristan da Cunha) date de 1859.
  • Un peu plus haut à gauche, Porteous House était la taverne où Napoléon passa sa première nuit dans l’île, après avoir débarqué du HMS Northumberland en 1815. Elle a disparu dans un incendie en 1865.
  • Toujours en remontant Main Street, mais sur la droite, Wellington House est l’un des 3 petits hôtels de Sainte-Hélène. L’histoire a parfois de ces détours…

Sir Arthur Wellesley, qui n’était pas encore le Duc de Wellington, était logé dans cette demeure lors de son escale à Sainte-Hélène en 1805, de retour des Indes. Il avait alors 36 ans, mais était déjà général de l’armée britannique. Il se fit la main en battant les troupes napoléoniennes à Vitoria en Espagne, puis envahit le sud de la France jusqu’à Toulouse (1814). Avant d’infliger à Napoléon Bonaparte la tragique défaite de Waterloo le 18 Juin 1815, à la tête des forces alliées royalistes ! Il commanda ensuite les forces d’occupation en France de 1815 à 1818. Alors imaginez la scène, en Octobre 1815 : l’empereur, définitivement vaincu 4 mois plus tôt par Wellington remonte, sous bonne garde (des centaines de soldats en armes) la petite rue de Main Street.  On l’emmène visiter Longwood, dont les travaux, effectués à la hâte, ne sont pas terminés. Son escorte lui montre la maison qu’habitat Wellington 10 ans plus tôt. L’empereur se détourne. L’histoire a basculé…

  • A gauche, dans un petit bâtiment de style victorien est installé le siège de Solomon & Company, l’entreprise qui, à Sainte-Hélène coiffe l’essentiel du business. La société est bien entendu aussi le shipping agent du RMS Saint-Helena.

  • Un peu plus haut à gauche, le Consulate Hôtel, le plus chic de Jamestown (mais  cool et accessible à tous), avec, à l’étage, ses salons, sa bibliothèque, sa salle à manger ultra chic, et son balcon. Une statue de Napoléon en bois (très peu fidèle, il a franchement l’air d’un clampin) portant un drapeau français est changée de place tous les jours. La salle du bar est tapissée d’images de l’Empire. Les poteaux de la véranda sont des rails de chemin de fer. Et ceux de la so british dining room sont des mâts de bateaux. L’hôtel se veut un lieu de réconciliation. Mais c’est l’Union Jack qui flotte à la hampe du balcon. Un matin, j’ai voulu intervertir les deux drapeaux, pour faire plaisir à Napoléon. Mais les enfants m’ont en empêché… sans doute soucieux de la … vérité historique. C’est là que nous venions « faire Internet ». Et grâce à l’antique société britannique Cable & Wireless, avec le tarif le plus cher du tour du monde (mais le même partout dans les 3 établissements de l’île équipés wi-fi): 6£60 l’heure, soit 8,25 euros.
  • Encore un peu plus haut à gauche, cette sale boîte de Cable & Wireless, qui n’achemine que 3 chaînes de télévision sur l’île, au prix fort. C’est pour ça que Marin et moi avons loupé le match France-Ecosse du Tournoi des 6 Nations… J’ai été obligé de passer par eux pour envoyer à l’Ile de l’Ascension, à vocation militaire, ma demande de permis d’escale.

Près de 4 £ le fax.

  • Séparant Main Street de Napoléon Street, l’Office de Tourisme de Sainte-Hélène, sans qui rien ne se fait sur l’île. On peut y louer des voitures appartenant à des particuliers qui arrondissent ainsi leur fin de mois. Sinon, il faut grimper un peu plus dans Napoléon Street et aller chez le garagiste Colin Williams.
  • Le Post Office Building, un ancien mess d’officiers, est juste à droite. Le Philatelic Bureau y vend des timbres de Sainte-Hélène, de l’Ascension, et de Tristan da Cunha.
  • Légèrement plus haut, à un angle de rue, en face du petit marché (mais on n’y a jamais vu de marché), la Bank of St-Helena. La seule banque de l’île. Pas d’ATM (mais nul doute que cela va changer bientôt). On y retire des pounds, moyennant une jolie commission bancaire, en présentant son passeport et sa carte bleue.
  • En face un peu plus bas, l’un des rares bistrots de Jamestown, le White Horse Tavern. La consommation d’alcool est très contrôlée dans l’île, pour éviter les dérives ravageuses que l’on voit parfois ailleurs.
  • Disséminées alentour, les épiceries Queen Mary, Thorpes et The Star. Nous y passions pratiquement tous les jours, pour y glaner au prix fort un kilo de carottes par ci, 2 kilos de pommes de terre par là, parfois une salade ou 3 petits concombres, quelques pommes importées d’Afrique du Sud (25 cents de £ la pomme…). Et un pain de mie typiquement glaouche et donc parfaitement dégueulasse. Ah, l’Afrique du Sud est déjà loin, et plus encore la Nouvelle-Zélande : les approvisionnements en nourriture, fraîche ou pas, de toutes sortes,  viande comprise, y était si variés et si plaisants, et à des prix sensiblement plus accessibles qu’en France…
Allez, place à l’ Empereur !

Photo 1 - On fait parfois de drôles de rencontres, en mer...
Photo 2 - Dans le ciel de l'Atlantique Sud, un phaéton annonce Sainte-Hélène...
Photo 3 - Arrivée à Sainte-Hélène...
Photo 4 - Le vallon de Jamestown, vu du mouillage...
Photo 5 - David, le navigateur solitaire américain de Shearwater, et Marin, en rade de Jamestown...
Photo 6 - Le vallon de Jamestown, vu de la route de l'intérieur...
Photo 7 - Le cargo mixte RMS ST Helena, le navire ravitailleur de l'île...
Photo 8 - Déchargement sur rade...
Photo 9 - Sur le quai de Jamestown, des Land Rover...
Photo 10 - ... en tous genres!
Photo 11 - Grand Parade, la grande place de Jamestown, juste après l'arche fortifiée...
Photo 12 - Les armes de l'East India Company, au-dessus de la porte du Castle...
Photo 13 - Le Castle, vu de Grand Parade...
Photo 14 - Joshua Slocum était passé par là, en 1898, lors du premier tour du monde à la voile en solitaire...
Photo 15 - Le petite prison de Jamestown, où il n'y a jamais personne...
Photo 16 - Jacob's Ladder, un petit escalier de 700 marches...
Photo 17 - Le front de mer de Jamestown, vu du haut de Jacob's Ladder...
Photo 18 - The Castle, Castle Gardens, St James Church et à gauche, la piscine...
Photo 19 - Les hauts de Jamestown,village  tout en longueur...
Photo 20 - Marin chez les British...
Photo 31 - Au loin, le site du futur aéroport, à Prosperous Bay Plain...
Photo 32 - Les reliefs tourmentés...
Photo 33 - ... de l'intérieur de l'île...
Photo 34 - Sainte-Hélène a son évêque, et sa cathédrale, Saint-Paul, l'équivalent d'une église de campagne...
Photo 35 - Le vallon de Sandy Bay, une des rares vallées de Sainte-Hélène conduisant à la mer...
Photo 36 - Dès qu'on redescend vers la mer, la végétation se raréfie...

Photo 37 - Randonnée avec David de Shearwater, navigateur solitaire américain , et chef d'orchestre...
Photo 38 - Sur le sentier de Lot's Wife Ponds, au sud-est de l'île...
Photo 39 - Les falaises abruptes  de Sainte-Hélène,...
Photo 40 - ...particulièrement inhospitalières...