dimanche 18 mars 2012

Billet N°154 – Sainte-Hélène, ou la belle surprise de l’Atlantique Sud !

Du Vendredi 24 Février au Samedi 10 Mars 2012

Par Barbara

Sainte-Hélène, quelle belle et heureuse surprise que cette escale ! Je ne voulais plus la quitter, et maintes fois le départ a été repoussé. Nous devions y rester cinq jours, nous y sommes demeurés quinze, et vraiment c’est le cœur gros que nous avons appareillé.

Il faut dire que je ne m’attendais pas du tout à une escale aussi plaisante. Nous n’avions que peu d’informations sur le sujet. J’avais lu que le mouillage pouvait être rouleur, que les coffres avaient été arrachés l’hiver dernier lors d’une tempête et que les falaises abruptes de l’île excluaient toute plage. J’avais également lu que Napoléon s’y été morfondu pendant six années et que les conditions climatiques (ventées et humides de sa dernière demeure sur les hauts de Ste Hélène) avaient précipité sa mort. De façon plus pragmatique, j’avais entendu dire que la vie était hors de prix et le débarquement en annexe dangereux.  Bref rien donc de très réjouissant en perspective…Alors qu’elle ne fut pas ma  surprise en débarquant dans le vallon de Jamestown  le 24 février dernier.

Il y a des endroits, comme des personnes, avec qui tout de suite on entre en résonance, c’est simple, c’est facile, on se sent instantanément bien et en confiance…Vous voyez ? Eh bien voilà, c’est exactement ce que j’ai ressenti en débarquant sur l’île. Dès le débarquement à terre, j’ai croisé des regards francs, souriants et accueillants et après 3 mois d’Afrique Australe, où croiser un regard  relève de l’exploit, cela m’a fait un bien fou. Marin et Adélie ont ressenti la même chose, Adélie a  décrété très vite que c’était sa deuxième escale préférée du voyage après la Nouvelle Zélande ! Il faut dire que les enfants se sont vite trouvés des amis à la piscine municipale, vraiment agréable, en plein air, sur le front de mer. Si les enfants se régalaient du plongeoir et des jeux  avec leurs amis saintais, je me repaissais de longueurs. Quel bien fou cela m’a fait, depuis des mois nous ne nous étions pas baignés, et mon dos chaque jour se bloquait davantage. Aussi cette piscine fut providentielle et mon mal de dos a disparu.

Dans le parcours santé de l’île, j’ai également trouvé mon bonheur parmi les sentiers de randonnée qui sillonnent l’île, et encore je n’en ai parcouru qu’une infirme partie. L’incontournable de l’île, au milieu d’une végétation luxuriante, est celui qui permet d’atteindre le Mont Diana, le sommet de l’île, qui culmine à 820 mètres. Je fus chanceuse, car parait-il que le sommet est pris dans les nuages 9 fois sur 10. Le jour où je m’y suis rendue, j’avais une vue dégagée à 360° sur toute l’île, magnifique !

Les habitants de l’île sont charmants, descendants d’esclaves malgaches, malais, africains, de portugais, d’anglais, et de boers, rarement une population fut autant mélangée. Le résultat  beaucoup de tolérance et des peaux cuivrées, des cheveux sombres, et souvent aussi des yeux verts ou bleus. Entre autre le « maître-nageur surveillant caissier » de la piscine, un monsieur d’un certain âge, musclé et cuivré, les cheveux blancs, avait un regard bleu acier superbe. Il était adorable, toujours souriant et avenant avec tout un chacun.

A Sainte Hélène, tout le monde connaît tout le monde, forcément 3 500 habitant c’est peu…, et bien entendu tout le monde salue tout le monde. On retrouve le pasteur à la piscine au milieu de ses ouailles, mais également l’évêque au bistro avec sa cup of tea… Il y a aussi la communauté british en poste, avec des bobbies comme à Londres ! Toujours avec ce flegme britannique si plaisant et la langue de Shakespeare qui en rajoute des tonnes, selon nos critères, dans le contentement, la surprise et l’émerveillement. Je me souviens qu’au début du voyage, j’étais quelque peu agacée par ces exagérations linguistiques typiquement anglo-saxonnes, alors qu’à présent je les apprécie et que je trouve même sympathique de manifester ainsi sa satisfaction, finalement c’est très positif comme attitude.

Nous avons visité Plantation House, la maison du Gouverneur, j’ai adoré le liberty des rideaux et des canapés, les portraits de la famille royale, l’argenterie et la porcelaine du couvert dressé dans la salle à manger, les bouquets de fleurs fraîchement cueillies, et le panier avec le sécateur et les bottes de pluie dans l’entrée pour aller couper les roses dans le jardin, enfin les énormes tortues terrestres qui se promènent placidement autour de la maison ajoutent de l’exotisme à cette atmosphère so british.

Lors de notre passage à Ste Hélène  nous avons aussi eu le plaisir de rencontrer de sympathiques français, le Consul de France, passionné et passionnant, profondément attaché à Ste Hélène, et d’autres français qui travaillaient à solidifier les quais de débarquement et qui avaient également installé, l’an dernier, des filets sur les parois rocheuses de Jamestown pour éviter les éboulements dangereux. Quand je demandais à l’un deux Alex, qui avait fait plusieurs séjours sur l’île dont un de 8 mois, ce qui était  le plus difficile  à vivre sur l’île, il me répondit tout de go : le retour en France quand à nouveau on est happé par le bruit et le rythme trépident !

C’est vrai qu’à Ste Hélène, c’est un peu comme si on remontait le temps, peu de voitures (même si toujours trop), pas de société de consommation. Dans la rue principale de Jamestown quelques épiceries vieillottes avec une ribambelles de vendeuses en tablier, qui époussètent des rayons de…boites de conserve, une bibliothèque, un loueur de DVD, le coiffeur et le Consulate Hôtel, suranné à souhait. Bref non seulement être à Ste Hélène c’est un agréable retour dans le temps, mais c’est aussi une maîtrise du temps. Personne ne court ici, on prend le temps de se saluer, de s’intéresser à l’autre et de discuter. Sainte Hélène vit au rythme des rotations du RMS St Helena qui ravitaille l’île en provenance du Cap, une fois par mois environ, le reste du temps l’île est  coupée du monde…à part quelques voiliers de passage.

Enfin ce qui a également contribué à rendre cette escale chaleureuse, est qu’au mouillage, il y avait des voiliers en escale, (une petite dizaine, selon les départs et les arrivées) et c’était plaisant de retrouver des bateaux rencontrés quelques mois plus tôt. Après les mouillages désolants et désertés de Namibie, avoir quelques voisins sympathiques fut appréciable, et dîner chez l’un, prendre un pot chez l’autre ou souffler les bougies de l’une, a apporté un peu de sociabilité et de convivialité qui parfois nous font défaut.

Voilà en quelques lignes pourquoi Sainte Hélène m’a autant séduite, mais il faut ajouter à cela une donne non négligeable…l’île sera dotée dans 3 ans d’un aéroport qui la reliera au reste du monde et Sainte Hélène changera alors irréversiblement…Certes on ne peut pas aller à l’encontre du « progrès », mais je me réjouis quand même infiniment d’avoir connu Sainte- Hélène préservée, authentique et si paisible.

Barbara


Photo 1 :

Mouillage de Sainte-Hélène, devant le vallon de Jamestown. Nous avons été chanceux pendant notre séjour, car la météo a été clémente, et du coup le mouillage pas trop rouleur. On imagine aisément qu’il peut l’être, la baie étant très peu protégée. En revanche le débarquement à terre en annexe reste délicat. En effet il y a beaucoup de ressac au niveau du quai, ce qui peut plaquer dangereusement l’annexe contre celui-ci. Nous avons eu l’occasion de voir des annexes malmenées par les vagues et certaines dangereusement. Plus d’une personne sont passées à l’eau en tentant de s’agripper à l’échelle du quai. L’autre solution plus  sûre, prendre le passeur qui assure des va et vient entre les bateaux de pêche ou de voyage au mouillage et la terre. Il faut juste s’organiser en conséquent, car le passeur assure les rotations à heure fixe et en contrepartie d’une pound par personne et par jour.



Photo 2 :

Le vallon de Jamestown, verdoyant et niché entre deux falaises rocheuses. Une rue principale, un hôpital et deux « primary schools ». Le niveau des élèves de Ste Hélène est parait-il bien plus élevé que celui de la moyenne anglaise. A cela  plusieurs explications : des professeurs anglais dynamiques et motivés assurent régulièrement des vacations sur l’île pour mettre en place des projets et « des expérimentations » pédagogiques. L’ouverture d’une secondary school  a incité les jeunes  à poursuivre leurs études sans avoir à quitter trop jeunes leur île. Les petits Saintais ont soif d’apprendre et comme leurs aînés sont curieux. Respect et obéissance au professeur signifient encore quelque chose à Ste Hélène. Les meilleurs élèves bénéficieront d’une bourse pour poursuivre leurs études en Angleterre dans les meilleures universités. Le revers de la médaille…peu d’étudiants reviendront dans leur île…Enfin peut-être qu’avec l’ouverture de l’aéroport et les perspectives de développement économique de l’île, la tendance s’inversera.



Photos 3 et 4 :

La fameuse piscine de Ste Hélène, pas vraiment aux dimensions d’une piscine olympique, mais presque. L’amplitude horaire est telle de 09h00 à 18h00, avec deux nocturnes en sus par semaine, que tout le monde peut y trouver son compte. Parfois complètement désertée et donc propice aux longueurs, d’autres fois animée pour que Marin et Adélie rencontrent leurs amis, enfin souvent suffisamment grande pour que tout le monde soit content, on y joue, on y nage, on papote et Adélie fait même du baby-sitting, ici avec un petit Suisse d’un bateau de voyage.

Aspect non négligeable, le prix de l’entrée est très bon marché, c’est le meilleur deal de l’île, car ici malheureusement tout est hors de prix. C’est le coût de la vie en Angleterre indexé sur la livre sterling amplifié par l’isolement de l’île et donc le surcoût du transport en bateau !





Photo 5 :

Le Consulate Hôtel dans la rue principale, est un peu le point névralgique de Jamestown. L’hôtel familial et cosy, est accueillant et ouvert à tous. On y trouve un salon de thé, un restaurant, un bar qui retransmet sur la petite télé les matchs de rugby, des chambres, deux petits salons aux canapés moelleux et aux bibliothèques bien achalandées, enfin un accès au Wi-fi, certes le plus cher rencontré au cours du voyage, mais pratique quand même.


Photo 6 :

La prison de Ste Hélène, vide évidemment ! Les rapports hebdomadaires de la police publiés dans le journal local du vendredi, ne signalent que des incidents entre véhicules. Ici si vous fermez votre voiture ou votre maison à clef, c’est pire qu’un affront pour les Saintais.

Cela dit, n’idéalisons pas tout quand même, à Ste Hélène, comme malheureusement souvent des les îles isolées, mais pas seulement…, l’alcoolisme est un problème sérieux. Autre inquiétant état de fait, deux cas recensés de Sida, et pas de dépistage systématique qui permettrait d’avoir une estimation plus réaliste de la situation. Une sensibilisation importante est faite auprès de la population locale, dans les écoles, à l’hôpital, etc…La grande voisine  de Ste Hélène, l’Afrique Australe largement contaminée, n’est pas loin.

Autre bémol, le coût élevé de la vie et le manque de travail sur place, incitent les jeunes Saintais à s’expatrier pour gagner leur vie, souvent à l’île de l’Ascension, aux Falklands ou en Angleterre. Ce sont alors les grands parents qui élèvent les petits-enfants.

Le temps (le vol en avion pour rejoindre Captown  plus une semaine de bateau pour rallier Sainte Hélène) et le coût du  trajet  empêchent les Saintais exilés de revenir sur leur île.  La cellule familiale se distend. Peut-être que l’aéroport sera un bien alors pour conserver la cellule familiale  saintaise aujourd’hui éclatée.


Photo 7 :

Un mariage à Ste Hélène, c’est un évènement ! Toute la ville est en fête, surtout quand le marié est un jeune pompier et que la voiture des mariés, un camion citerne ! Tous les invités sont sur leur 31,  les jeunes filles d’honneur paradent dans leurs robes de satin orange, la mariée resplendit et sourit à tous. Leur joie est communicative.



Photo 8 :

Plantation House, la maison du Gouverneur de Ste Hélène, ouverte au public le mardi matin, la visite vaut le détour, on se croirait dans l’Angleterre profonde, même le climat humide est de la partie.


Photo 9 :

Une fois que l’on quitte le petit vallon de Jamestown et que l’on emprunte les routes étroites et sinueuses qui montent et pénètrent à l’intérieur de l’île, le climat et les paysages changent radicalement. Sur une toute petite île comme Ste Hélène, 122 km2, la diversité des paysages et du climat est étonnante.



Photos 10, 11, 12,13 :

Du côté de Sandy Bay, sur la côte Sud Est de l’île. Par ici l’île est plutôt pierreuse et aride.





Photos 14, 15, 16 17 :

Dans les hauts, l’île est carrément verdoyante, le climat est humide et frais. On peut apercevoir quelques vaches, élevées pour la viande, il y a un abattoir sur l’île. En revanche très peu, voir pas du tout, de culture maraîchère, et c’est vraiment dommage. Certes les terrains sont souvent en pente et pas très propice aux cultures, mais surtout aujourd’hui les îliens sont habitués à attendre le bateau ravitailleur qui apporte fruits et légumes en direct des chambres froides d’Afrique du Sud une fois par mois. Cela ne les incitent plus guère à cultiver leur terre. Pour le voilier de passage comme nous, trouver du frais est donc difficile surtout si l’on arrive entre deux rotations du RMS Ste Helena.

Cela dit les autochtones ont quelques fruits et légumes dans leur jardin pour leur consommation personnelle. J’ai également rencontré Jason sur le sentier du mont Diana qui ramassait du tarot avec son coupe-coupe. On aperçoit aussi des bananiers dans les vallons.





 

Photos 18,19,20,21,22 :
Enfin Sainte Hélène c’est également un peu de notre Histoire de France, avec la captivité à la fin de sa vie de Napoléon et sa mort sur l’île en 1821. Je ne suis pas une grande admiratrice de cet empereur mégalo, au génie stratégique cependant attesté, mais notre passage à Ste Hélène nous aura permis de revoir ( ou tout simplement d’apprendre) nos classiques en histoire. Et de visu, les choses s’expliquent et s’inscrivent toujours plus durablement. Marin et Adélie ont à présent de bonnes connaissance sur Napoléon 1er. Certes avoir vu ses jardins, son lit de mort, sa baignoire, une mèche de cheveu et sa tombe sont de petits détails de l’histoire mais qui permettent aussi de mieux saisir et retenir l’Histoire avec un grand H